Le retour à Prague de l’Epopée slave de Mucha toujours en suspens

09-06-2010

L’Epopée slave de Mucha de retour à Prague ? Pourquoi pas, mais pas dans n’importe quelles conditions, estime la famille du célèbre peintre. Elle s’oppose au projet de la mairie de Prague, à qui appartient l’œuvre monumentale, qui essaie, pour la énième fois de la rapatrier vers la capitale. Mais ce déménagement pourrait être retardé suite à une demande d’injonction préliminaire déposée devant le tribunal par la fondation Mucha.

Cela fait plus de dix ans que la querelle fait rage, avec des hauts et des bas, entre la Mairie de Prague et les héritiers d’Alfons Mucha. C’est le maitre de l’art déco lui-même qui avait légué en 1928, à l’occasion du dixième anniversaire de la naissance de l’Etat tchécoslovaque, l’Epopée slave à la municipalité de Prague. Il souhaitait néanmoins que soit construit un pavillon spécial pour accueillir cette série de vingt tableaux de six mètres sur huit, à laquelle il avait consacré dix-huit années de travail. Mais c’est là que le bât blesse. Le dernier projet – un pavillon dans le parc des expositions du quartier d’Holešovice – devait être terminé en 2006. Comme tous les autres, il a fini par être définitivement abandonné. L’Epopée slave de Mucha est donc restée dans le château de Moravský Krumlov, en Moravie. L’état de l’hôte de l’épopée est cependant considéré comme déplorable, d’où une nouvelle tentative de la mairie de ramener les toiles à Prague, ce à quoi la fondation s’oppose à nouveau. On écoute John Mucha, petit-fils du peintre et directeur de la fondation :

John Mucha, photo: CTKJohn Mucha, photo: CTK « La situation est la suivante : après le départ de M. Němec est arrivé M. Richter, qui a rompu le dialogue avec nous. C’était un dialogue constructif. Et après M. Richter, il y a eu M. Pecha. Mais il y a un mois de cela, d’un seul coup, comme un éclair dans un ciel bleu nous est parvenue une décision de la municipalité qui indiquait que le contrat avec Moravský Krumlov, qui prend fin le 30 juin, ne sera pas prolongé et que l’épopée slave sera transférée provisoirement dans le musée d’Art contemporain (Veletržní palác). De notre point de vue, c’est absolument inacceptable, parce que je suis tout à fait sûr, quoique me disent les politiques, que si l’épopée était transférée dans ce musée, la construction d’un bâtiment digne de ce nom ne se réalisera pas. »

La fondation Mucha a donc déposé auprès du tribunal une demande d’injonction préliminaire pour empêcher le transfert des toiles. Elle espère pouvoir reprendre les pourparlers et surtout voir accepter sa proposition. John Mucha :

« J’ai un projet que nous avons communiqué à la mairie. Ce serait un bâtiment construit sur l’esplanade de Letná, derrière le métronome. Le professeur Dudek a fait une étude architecturale qui ne porte pas atteinte à l’environnement et à la vue sur le château de Prague. Et ce qui compte le plus pour moi, c’est qu’il n’y aurait pas seulement ces vingt tableaux installés exactement comme mon grand-père l’imaginait, mais nous pourrions donner de nombreux documents, dessins, pastels, photographies, pour que les gens voient comment l’œuvre a été créée. Ce serait quelque chose de comparable au musée Van Gogh d’Amsterdam. Il y a eu très récemment une exposition au Musée Fabre de Montpellier où étaient exposés deux tableaux de l’épopée. Et les gens étaient épatés. Et il y avait également des documents d’études, et on a pu voir comment les gens réagissaient, et ça a été un vrai succès. »

John Mucha dit cependant ne pas être fixé sur son projet et serait prêt à envisager d’autres solutions, la condition étant toujours qu’elles devraient correspondre aux vœux de son grand-père et valoriser son œuvre. Ainsi, l’idée d’une exposition au manège du château de Prague, comme cela avait déjà été évoqué, lui paraîtrait acceptable.

Reste que les tableaux appartiennent à la municipalité. C’est donc devant les tribunaux que sera décidé si le rôle de gardien moral des œuvres de Mucha que veut revêtir la fondation est assez fort pour empêcher les propriétaires de transférer les tableaux vers la capitale. Le conseiller municipal Ondřej Pecha a estimé que la requête de la fondation était absurde et maintient que l’Epopée slave sera effectivement très prochainement de retour à Prague.

09-06-2010