Le ministre de la Justice a été démis de ses fonctions

Le Premier ministre Petr Nečas (ODS) a limogé le ministre de la Justice Jiří Pospíšil (ODS). Une décision que le chef du gouvernement a justifiée par une incapacité du ministre à gérer son budget et à respecter la discipline budgétaire commune. Mais du côté de l’opposition, on y voit un moyen de faire pression sur certains secteurs de la justice en lutte contre la corruption endémique du pays.

Jiří Pospíšil, photo: CTKJiří Pospíšil, photo: CTK Les bruits de couloirs disaient le ministre de la Justice Jiří Pospíšil sur la sellette. Ce mercredi, sa révocation par le Premier ministre Petr Nečas vient confirmer les rumeurs. S’exprimant dans la matinée sur le sujet, le chef du gouvernement a taclé l’ex-ministre de la Justice, justifiant sa décision par la dissidence de Jiří Pospíšil en matière de discipline budgétaire. Selon Petr Nečas, il n’y a pas d’alternative en matière de rigueur : soit les membres de la coalition au pouvoir sont unanimes, soit ceux qui ont un avis divergent l’assument et quittent le bateau :

Petr Nečas, photo: CTKPetr Nečas, photo: CTK « La raison de ma décision, mûrement réfléchie, est que M. Posíšil gérait son budget de manière irresponsable. Je ne peux accepter que tout le gouvernement fasse des coupes budgétaires, qu’en début de cette année, en raison de ses coupes, un ministre démissionne, menaçant l’existence du cabinet, et que quelques semaines plus tard, arrive sur ma table une demande d’augmentation du budget de la Justice d’un milliard de couronnes. Cette action a eu un effet démoralisateur sur tout le gouvernement car j’exige la rigueur budgétaire de tous les membres du cabinet. »

Vlastimil RampulaVlastimil Rampula Si Petr Nečas insiste lourdement sur un soutien sans faille de tous ses ministres, cette décision s’inscrit également dans un contexte de troubles au sein de la justice tchèque. En effet, à la mi-juin, le président du ministère public Vlastimil Rampula a démissionné de ses fonctions, un départ qui faisait suite à une première révocation par le ministre de la Justice Jiří Pospíšil. Celui-ci s’en était alors félicité, espérant un assainissement et une réforme du ministère public, où le travail de Vlastimil Rampula s’était caractérisé par de nombreuses infractions, et une inactivité marquante dans les affaires les plus brûlantes. De même, l’affaire CASA, dans laquelle est impliquée la vice-présidente de la Chambre des Députés, Vlasta Parkanová (TOP 09), soupçonnée d’être responsable d’un achat douteux d’avions militaires réalisé en 2009. La police a demandé la levée de l’immunité de cette proche du ministre des Finances Miroslav Kalousek (TOP 09).

Jeroným TejcJeroným Tejc Du côté de l’opposition social-démocrate, en dépit du fait que Jiri Pospíšil soit un adversaire politique, on craint que cette révocation soit un moyen d’empêcher la justice de se réformer, alors que ces deux affaires touchent de près le gouvernement. Jeroným Tejc, député ČSSD :

« Cette décision n’est que le début de pressions exercées sur le ministère public. Je suis convaincu qu’il s’agit là d’une punition contre le ministre de la Justice parce que la police, avec l’autorisation du ministère public, a demandé la poursuite en justice d’un membre important d’un parti de la coalition et proche de Miroslav Kalousek. Nous craignons que, même si finalement une procédure judiciaire est entamée contre Vlasta Parkanová, l’affaire n’arrive jamais devant les tribunaux, que cette décision soit un moyen de pression sur le ministère public, une manière de dire : le ministre a été limogé, cela peut aussi vous arriver. »

Les commentateurs politiques, quant à eux, doutent également de la véracité des raisons du Premier ministre. Pour Jindřich Šídlo, du quotidien économique Hospodářské noviny, celles-ci sont plus une excuse qu’autre chose :

Jindřich ŠídloJindřich Šídlo « Ce que l’on voit ici, c’est que le ministre est littéralement jeté dehors. C’est quelque chose qui se passe quand le Premier ministre perd totalement confiance en un ministre et je ne peux croire que Petr Nečas ait soudain, hier ou aujourd’hui, perdu cette confiance prétendument pour des raisons de non-respect de la discipline budgétaire en prévision de 2013. Si ce problème s’était manifesté cette année, je comprendrais, mais là, nous ne sommes que dans la phase de négociations du budget 2013 et il ne sera voté que pendant l’été avant d’être envoyé au Parlement à l’automne. Donc nous sommes dans une phase où traditionnellement, tous les ministres augmentent leurs demandes relatives au budget. Donc on ne peut prendre au sérieux ce limogeage avant les vacances. »

Lenka BradáčováLenka Bradáčová Certains commentateurs soulignent également que la semaine dernière, le représentant du ministère public supérieur Pavel Zeman a remis à Jiří Pospíšil sa proposition de nommer à la place de Vlastimil Rampula, la procureure Lenka Bradáčová, qui s’est illustrée dans l’arrestation du député David Rath. Jiří Pospíšil a confié à la presse qu’il était prêt à nommer à ce poste cette femme à la réputation sans tache, alors même qu’il était critiqué par son Premier ministre pour sa gestion du ministère public. Une nomination qu’il ne fera donc plus. En attendant, le Premier ministre Petr Nečas a fait savoir qu’il nommerait le nouveau ministre de la Justice d’ici la semaine prochaine.