Le manifeste « Deux mille mots »

Il y a tout juste 40 ans, paraissait le texte le plus connu du Printemps de Prague, le manifeste « Deux mille mots », qui mobilisaient la société civique face à la pression croissante de la direction soviétique sur le renversement du processus du renouveau en Tchécoslovaquie.

« Deux mille mots qui s’adressent aux ouvriers, aux agriculteurs, aux fonctionnaires, aux savants, aux artistes, à tous » – sous ce titre, le manifeste est paru le 27 juin 1968 dans la Gazette littéraire – Literárni noviny et dans trois quotidiens nationaux : Mladá fronta, Zemědelské noviny - Journal agricole et Práce – le Travail. Le manifeste a été rédigé par l’écrivain Ludvík Vaculík sous l’impulsion de savants de l’Académie tchèque des sciences, Otto Wichterle, Jan Brod, Otakar Poupa et Miroslav Holub. Des centaines de personnalités publiques et culturelles et des centaines de milliers de citoyens l’ont signé. Pour leur accord, le régime normalisateur les a durement poursuivis, dans les années 1970.

A la récente conférence consacrée au 40e anniversaire du Printemps de Prague, l’auteur du manifeste, Ludvík Vaculík, a rappelé que « Deux mille mots » voulait exprimer qu’il y a eu un véritable mouvement civique en Tchécoslovaquie, au printemps 68. Il devait exprimer également un soutien au gouvernement, avec une seule limitation – qu’il respectera le mandat qui lui avait été donné et qu’il accomplira les espoirs en un changement. « Deux mille mots » est paru au moment où, des pressions et des menaces venant de Moscou prenaient de l’ampleur et où les tendances d’abandonner le processus de démocratisation commençaient à se manifester également au sein du parti.

 « Deux mille mots » était un appel à l’édification d’une société civique, chose impensable à l’époque. Pour cette raison, il était mal vu par les dirigeants communistes qui ont eu du mal à digérer aussi que le texte ait été rédigé à leur insu et que la vague de soutien qu’il a déclenché était sans précédent. Pour la direction soviétique à Moscou, « Deux mille mots » était une preuve de ce que les communistes à Prague n’avaient pas assumé leur rôle. Leonid Brejnev a qualifié le manifeste de tentative de contre-révolution.

Comme le rappelle Marie Vaculikova, épouse de l’auteur de « Deux Mille mots », dans l’édition de ce vendredi du quotidien Mladá Fronta dnes, l’un de ceux où le texte est paru, il y a 40 ans, à ceux qui lui demandaient s’il n’avait pas regretté d’avoir rédigé le manifeste, vu l’interdiction de publier, et s’il n’avait pas changé quelque chose au texte, son mari a toujours répondu par la négative.