Le Liechtenstein signera l'accord sur l'Espace économique européen

La principauté de Liechtenstein a décidé de signer l'accord sur l'élargissement de l'Espace économique européen auquel il s'est opposé à cause de ses litiges patrimoniaux historiques avec la Tchéquie. Pourquoi ce tournant, et de quelles revendications il s'agit?

Le Liechtenstein a opposé son veto à l'accord permettant à 10 nouveaux membres de l'Union européenne d'accéder aux marchés de l'Espace économique européen. Il s'y est opposé du fait que la Tchéquie a refusé de signer une déclaration, selon laquelle, elle devait reconnaître le Liechtenstein en tant qu'Etat souverain et neutre, pendant les deux conflits mondiaux. Mercredi dernier, l'attitude du Liechtenstein a changé: il s'est déclaré prêt à signer l'accord en question, en commun avec deux autres membres, la Norvège et Island, pour ne pas menacer l'Espace économique commun. Il continue, cependant, à insister à ce que la Tchéquie reconnaisse sans réserve sa souveraineté et sa neutralité, pendant les deux guerres. Pourquoi?

Les Liechtenstein ont acquis d'énormes biens sur le territoire de Bohême et de Moravie, après la défaite de la noblesse tchèque face aux Habsbourg à la Bataille de la Montagne blanche, en 1620. Karl de Liechtenstein, devenu gouverneur de Bohême, a obtenu de nombreux domaines confisqués aux seigneurs tchèques et moraves décapités. Les plus connus d'entre eux sont les domaines de Lednice et Valtice, en Moravie du sud. La République tchécoslovaque indépendante, proclamée en 1918, a exproprié 163 000 hectares de terres et 45 000 hectares de forêts ayant appartenu aux Liechtenstein, sur la base de la réforme foncière. Le reste a été confisqué, après 1945, conformément au décret numéro 12 du président Benes qui stipulait la confiscation des biens aux traîtres et ennemis de la République tchécoslovaque, sans égard à leur nationalité et citoyenneté, donc aussi aux ressortissants de pays neutres, tant qu'ils manifestaient activement une hostilité dans les années 1938 - 1945, ce qui était le cas des Liechtenstein. En 1938, donc encore avant que l'occupation de notre pays ait commencé, le père de Hans Adam II a fait au parti sudéto-allemand de Henlein des propositions d'aide nettement hostiles à la Tchécoslovaquie.

En 1989, le prince Hans Adam II a fait la première tentative de restituer ses anciens biens. Il a confisqué un tableau de Pieter van Laer que la Tchéquie avait prêté pour une exposition en Allemagne. Sa poursuite en justice a, cependant, échoué. Le verdict de l'instance suprême - la Cour constitutionnelle d'Allemagne, a été significatif, puisque confirmant que les biens des Liechtenstein avaient été confisqués sur la base des Décrets Benes. Et comme la confiscation servait d'acompte pour les réparations de guerre, les tribunaux allemands n'avaient pas le droit de s'en occuper.

Depuis, en effet, le prince Hans Adam II cherche à réussir non pas par la voie de procès de restitution, mais de plaintes directes. La valeur de ses biens est évaluée à 100 millions d'euros. Prague rejette tout débat sur un dédommagement. Les rapports sont tendus, pratiquement depuis la fin de la guerre. Les deux pays n'ont pas de rapports diplomatiques. Le chef de la diplomatie, Cyril Svoboda, a réitéré, mardi, la préparation de Prague à les établir, mais sans conditions quelconques.