Le contre-espionnage tchèque met en garde contre le renforcement de l’activité des agents chinois et russes

Le Service de renseignement et de sécurité (BIS) et le service de renseignement militaire (VZ) ont publié, lundi, leurs rapports annuels pour 2017 qui, une nouvelle fois, mettent en garde notamment contre les activités notamment des services de renseignement russes et chinois en République tchèque. Les milieux diplomatiques et des affaires sont plus particulièrement visés.

Ladislav Šticha, photo: ČTLadislav Šticha, photo: ČT La Chine a notoirement renforcé l’activité de ses agents en République tchèque de façon à entraver la politique commune de l’Union européenne tout en se concentrant essentiellement sur l’espionnage d’ordre scientifique et technique. Attaché de presse d’un BIS qui souligne aussi les risques que représente la « nouvelle route de la soie », vaste projet d’expansion qui vise à intensifier les échanges entre la Chine et l’Europe, Ladislav Šticha précise la nature du danger observé :

« Il n’y avait certes pas plus d’espions chinois en 2017 que les années précédentes, mais leur activité s’est intensifiée. Outre les agents de renseignement classiques, les diplomates et les hommes d’affaires opèrent aussi dans l’intérêt de leur pays. Le BIS a très clairement informé que le risque de confrontation des citoyens tchèques aux intérêts d’espionnage chinois est extrêmement élevé. »

Les agents russes, très présents également au sein de la mission diplomatique, opèrent, eux, quelque peu différemment. Ladislav Šticha explique que les autorités tchèques devraient porter une plus grande attention à l’identité des réels propriétaires des entreprises qui participent aux appels d’offres pour les marchés publics :

« On trouve souvent d’anciens agents des services de renseignement russes qui se cachent derrière une identité tchèque ou diverses sociétés internationales. Ces sociétés parviennent à obtenir des marchés publics et dans cet environnement figurent des gens qui possèdent des liens avec les affaires de corruption et peuvent facilement faire l’objet de chantage. »

Selon le contre-espionnage tchèque, le ministère des Affaires étrangères a ainsi été la cible de deux attaques cybernétiques en 2017, dont une en provenance de Russie. En janvier prochain, le gouvernement se réunira spécialement pour se pencher sur les conclusions et avertissements de ces deux rapports. Dès lundi, son chef Andrej Babiš a indiqué ce qu’il souhaitait :

« J’entends savoir comment les différents ministres ont réagi aux mises en garde qui figurent dans les rapports du BIS et du VZ et quelles mesures ils ont prises. L’objectif est que pas plus la sécurité que les intérêts économiques de notre pays ne soient menacés. »

De leur côté, les députés membres de cinq partis de l’opposition ont exprimé, ce mardi, leur volonté de participer eux aussi à cette lutte. L’initiative a été lancée par la députée Helena Langšádlová, du parti conservateur d’opposition TOP 09 :

« Ce nouveau rapport du BIS confirme que nous avons besoin de créer une commission d’enquête pour apprécier l’influence des régimes autoritaires sur la République tchèque, car nous sommes confrontés à une menace réelle. Le but est aussi de mettre en œuvre des mesures concrètes dans les domaines exécutif et législatif de façon à que notre pays soit plus imperméable à cette influence qui vise très clairement notre système démocratique. »