Le centenaire de Karel Ančerl

11-04-2008

Il y cent ans, le 11 avril 1908, naissait dans le village de Tučapy en Bohême du sud Karel Ančerl, homme qui devait devenir un des meilleurs chefs d’orchestre du monde. Et pourtant lorsque Karel Ančerl est nommé, en 1950, directeur musical de l’Orchestre philharmonique tchèque, c’est pour les musiciens de cette prestigieuse formation une surprise plutôt désagréable. Personne ne leur a demandé leur avis, et ils se montrent donc assez réticents vis-à-vis de cet intrus.

Il faudra quelques années de collaboration avec ce chef exigeant pour que les musiciens l’acceptent et l’apprécient à sa juste valeur. Ils ne se rendent tout simplement pas compte qu’avec lui l’orchestre est entré dans l’étape la plus brillante de son existence. Entre 1950 et 1968, le génie de Karel Ančerl hissera la Philharmonie tchèque parmi les meilleurs orchestres du monde et lui apportera de nombreuses distinctions internationales. Ančerl donne aussi une nouvelle vigueur au répertoire classique tchèque et réussit à l’imposer à l’étranger. Voici ce qu’il dit à propos du cycle de poèmes symphoniques « Ma patrie » de Bedřich Smetana :

« Evidemment, Ma patrie est pour notre public l’oeuvre fondamentale de la musique tchèque. C’est ainsi que notre public le sent car il y voit une des plus grandes créations de l’esprit national. Je crois que c’est juste, mais je pense aussi que Ma Patrie n’a pas qu’une importance locale. Je m’en suis convaincu lors de l’Exposition universelle de Montréal en 1967 où nous l’avons exécutée. J’ai été surpris par le succès immense que l’oeuvre a remporté. Mais là, l’aspect national de l’oeuvre a été naturellement éliminé et les gens n’écoutaient que la musique. »

Heureusement, dans les années cinquante et soixante la technique d’enregistrement fait un grand progrès et les maisons de disques adoptent la stéréophonie. Cela permet à la société Supraphon de conserver l’art de Karel Ancerl pour les générations futures dans des enregistrements d’une excellente qualité. Beaucoup de ses performances resteront inégalés. Il excelle dans l’interprétation de Smetana, Dvořák et de Brahms. Sa baguette donne aussi une étonnante vie aux classiques du XXe siècle Stravinski, Bartók, Prokofiev, Chostakovitch et découvre d’innombrables beautés dans les oeuvres de Janáček et Martinů. C’est lui qui donnera ses titres de noblesse à la musique tchèque du XXe siècle :

«J’aimerais dire que notre musique, la musique tchèque, a bâti sur les bases de la tradition nationale un grand édifice qui, malheureusement, n’est pas encore apprécié à l’étranger comme il le mérite. Et moi, du moment que le temps me le permettra, je m’efforcerais toujours de présenter notre musique aux publics étrangers aussi souvent que possible. »

Malgré la série de succès brillants qui jonchent la carrière de Karel Ančerl, en 1968, son contrat avec la Philharmonie tchèque n’est pas prolongé, et l’artiste, déçu, quitte son pays occupé par l’armée soviétique pour se réfugier au Canada. Il ne lui reste pas beaucoup de temps car sa santé marquée par son internement dans des camps d’extermination nazis, le trahit. Il meurt en 1973. Entre 2002 et 2005, Supraphon publiera une importante collection de ses enregistrements. Cette « Gold Edition » qui comprend une quarantaine de CD, fera découvrir aux jeunes l’art incomparable de ce grand serviteur de la musique.

11-04-2008