Le biopic Toman, homme de l’ombre controversé de l’après-guerre, domine les nominations aux Lion tchèques

23-01-2019

Ce ne sont pas moins de treize catégories dans lesquelles a été nominé le dernier film du réalisateur Ondřej Trojan pour la prochaine cérémonie des Lions tchèques : Toman est un film inspiré par l’histoire d’un personnage controversé dans la Tchécoslovaquie de l’après-Seconde Guerre mondiale. Cette rafale de nominations laisse loin derrière ce long-métrage historique le road movie Všechno bude (Winter Flies) d’Olmo Omerzu et le biopic consacré à Jan Palach de Robert Sedláček.

Alors que viennent de tomber les nominations aux Oscars à Hollywood et celles des Césars en France, en Tchéquie aussi on se prépare à la grand-messe du Septième art. Aujourd’hui cet événement est double, même si les Lions tchèques restent l’événement traditionnel et le plus connu de ce rendez-vous du cinéma tchèque. Les Lions tchèques sont décernés suite au vote des professionnels du cinéma, tandis que le prix alternatif de l’Association des critiques tchèques du cinéma est né en 2011.

On mesurera le gouffre existant entre les deux sélections : si Toman, d’Ondřej Trojan, peut se targuer de 13 nominations aux Lions tchèques, il ne figure même pas dans la sélection des Prix de la critique, tandis que le biopic consacré à Jan Palach, sorti en août dernier à l’occasion du 50e anniversaire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques, est nominé respectivement dans huit et six catégories des deux compétitions.

Connu pour ses films Želary et Občanský průkaz, Ondřej Trojan s’est intéressé cette fois-ci au thriller historique, à travers l’histoire vraie de Zdeněk Toman, ancien chef de l’espionnage étranger au ministère de l’Intérieur dans l’après-guerre et avant l’arrivée au pouvoir du Parti communiste. Entre 1945 et 1948 ce haut fonctionnaire issu d’une famille juive de la Ruthénie subcarpatique a été l’un des hommes les plus influents et les plus puissants dans l’entourage des communistes dont il a contribué à la victoire.

'Toman', photo:  Total HelpArt T.H.A.'Toman', photo: Total HelpArt T.H.A. Carriériste sans scrupules, manipulateur, trafiquant d’armes, de devises, d’alcool, il aida également de nombreux Juifs sortis des camps à traverser la Tchécoslovaquie pour se rendre en Palestine, moyennant finances… Un homme aux multiples facettes, souvent peu reluisantes, comme le présentait Ondřej Trojan à la sortie du film :

« C’est clairement un homme plein de contradictions. Et la plupart de ses actes, il les faisait pour des raisons intéressées. »

Pour le réalisateur tchèque, Zdeněk Toman est comparable à la figure d’Oskar Schindler qui sauva des centaines de Juifs en les faisant travailler comme main d’œuvre gratuite dans son usine d’armement qui fournissait l’armée allemande.

'Toman', photo:  Total HelpArt T.H.A.'Toman', photo: Total HelpArt T.H.A. « Je n’ai pas essayé faire passer un message quelconque aux spectateurs. J’ai essayé de tourner ce film sans tomber dans les clichés. Par exemple, je ne voulais guider les spectateurs avec de la musique pour qu’ils sachent quand ils doivent avoir peur ou pas. Mon souhait, c’était que le film soit absolument véridique et authentique. J’ai donc fait appel à de nombreux historiens que j’ai consultés pour pratiquement chaque scène du film. »

Le 10 mars prochain, cette figure historique controversée dont l’histoire a été portée au grand écran se disputera donc symboliquement une place au soleil face à une autre personnalité historique tchèque, non contestée celle-là, Jan Palach considéré comme un héros par la plupart des Tchèques, et un film d’un tout autre genre, le road-movie Winter Flies, d’Olmo Omerzu, candidat malheureux à la sélection du meilleur film étranger aux Oscars 2019.

23-01-2019