L'art discret d’Otakar Kubín

Les visiteurs du Palais des foires, qui abrite le Musée d’arts modernes de Prague, peuvent voir une exposition d’art graphique d’Otakar Kubín, connu en France sous son nom francisé Othon Coubine. Cet artiste aux deux noms et aux deux identités est tombé amoureux de la Provence. C’est en Provence qu’il a décidé de vivre, et ce sont les paysages provençaux qui sont devenus le thème principal de son oeuvre.

Ce sont les paysages des environs des bourgs d’Apt et de Simiane-la-Rotonde qui figurent le plus souvent sur les toiles d’Otakar Kubín. Le peintre né en 1883 à Boskovice, en Moravie, part au début du XXe siècle à Paris comme d’ailleurs beaucoup de jeunes peintres tchèques de cette époque. Il subit l’influence du cubisme et d’autres courants artistiques mais continue à chercher une expression personnelle. C’est la découverte de la Provence qui jouera un rôle capital dans cette recherche:

«Je suis venu dans cette région par hasard. Je devais aller à la mer mais j’ai rencontré un ami poète qui m’a dit de laisser tomber ce projet et d’aller à Apt dont il connaissait le maire. Et il a voulu que nous fassions connaissance. Alors j’ai pris la décision et j’y suis allé. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans le sud de la France.»

C’est au début des années 1920 que le peintre s’installe définitivement en Provence et se met à observer le paysage provençal. Son amour pour ce pays n’a rien d’un coup de foudre. Il doit apprendre à aimer ce pays qui lui semble d’abord gris, décoloré et brûlé par le soleil.

«Je ne peins pas n’importe quel paysage, écrira-t-il plus tard. Je ne peins que celui qui me dit quelque chose. Cela n’est pas toujours évident à première vue, parfois je dois le voir trois ou quatre fois quand, habillé par la lumière dans les couleurs et les formes tout à fait nouvelles, il devient ce que je cherche. Et ce paysage est d’une simplicité et d’une grandeur antiques.»

Les visiteurs de l’exposition du Palais des foires peuvent voir une collection de ses dessins, eaux-fortes, pointes-sèches et xylographies. Ces oeuvres mineures représentent avec une simplicité digne d’un grand maître les paysages des environs d’Apt et de Simiane mais aussi quelques nus de femme et portraits imaginaires qui malgré le style d’une sobriété néoclassique ne manquent ni de sentiment, ni de grâce. C’est de cette façon qu’il brosse aussi le portrait du paysage provençal, portrait du pays qui est devenu sa seconde patrie :

«J’étais très content d’y pouvoir vivre. Il n’y avait pratiquement pas de mauvais temps. Le maire n’a compté que seize mauvais jours tout au long de l’année. A part cela, le ciel était toujours bleu. C’est à ce maire que j’ai acheté la maison de ses ancêtres à Simiane. Cette maison déserte avait appartenu au docteur de Napoléon qui avait accompagné l’empereur lors de la campagne en Russie. La maison était pleine de tableaux et de bustes de Napoléon.»

Otakar Kubín n’a jamais cessé de peindre des motifs provençaux. Il a saisi sur ses toiles certains motifs à plusieurs reprises pratiquement sans changement comme s’il ne pouvait pas s’en rassasier. Il a acheté non seulement une maison à Simiane mais aussi le château de Caseneuve, une vielle bâtisse quasiment en ruines qu’il a partiellement restaurée. Il est resté fidèle à sa patrie d’élection jusqu’à sa mort en 1969 et c’est au cimetière de Simiane qu’il a trouvé son dernier repos. La Provence l’a rendu célèbre et c’est grâce à ses tableaux que de nombreux Français ont redécouvert les charmes de ce paysage qu’il faut, selon le peintre, «observer d’abord très patiemment et très longtemps» avant qu’il n’apparaisse dans toute sa beauté.