L’art complémentaire de Kveta et Jitka Valova

12-12-2007

Il y a 85 ans naissaient Kveta et Jitka Valova, soeurs jumelles qui allaient enrichir le paysage des arts plastiques tchèques d’une œuvre aussi profonde qu’originale. Aujourd’hui, seule Jitka est encore en vie, sa sœur Kveta étant disparue en 1998. Elles ont vécu à l’écart des arts plastiques officiels et leur création en devenait d’autant plus inimitable. L’historienne de l’art Marie Klimesova évoque les aspects principaux de la création de ces soeurs qui partageaient leurs vies et dont les oeuvres étaient bien différentes mais complémentaires :

« Jitka et Kveta Valova sont un phénomène tout à fait unique. Elles sont bien différentes de toutes les autres personnalités des arts plastiques tchèques par la liberté absolue de leur création qui dépasse de loin la mesure courante dans les arts tchèques mais aussi ce qu’on peut voir à l’étranger. Elles sont tellement libres, tellement indépendantes, tellement personnelles, et en même temps tellement, disons, ‘sociales’ qu’elles savent saisir les choses extrêmement importantes d’une façon très originale. »

Les soeurs Kveta et Jitka ont vécu pratiquement pendant toute leur vie dans une petite maison à Kladno, ville industrielle située près de Prague. L’aspect austère de cette ville ouvrière a sans doute influencé leur création. Marie Klimesova :

« Elles ont vécu ensemble et partagé la même vie, et dans leur création elles ont réfléchi cette vie de deux positions et de deux façons complètement contrastées. (…) Chacune d’elles s’exprime d’une façon tout à fait particulière et chacune d’elles sait que ce qu’elle n’arrive pas à exprimer, sera exprimé par l’autre. Et c’est cela qui me fascine dans leur création. On peut dire sans conteste que le thème principal de l’ensemble de la création des deux sœurs est l’homme, l’homme dans un contexte, l’homme dans une situation sociale, et cela se confirme dans chaque étape de cette création qu’elle soit réaliste ou presque abstraite. »

Cette opinion est confirmée d’ailleurs aussi par Jitka Valova, pour qui le corps humain a toujours été une source d’inspiration intarissable :

« Je pense qu’avec le corps humain le peintre peut exprimer énormément de choses. La nature morte ou le paysage ne m’attirent pas du tout. Et ce qui est le plus important pour moi quand je peins le corps, c’est la composition. C’est avec la composition qu’on arrive à exprimer beaucoup de choses et puis aussi avec le mouvement… »

Aujourd’hui Jitka Valova vit seule et avoue que sa sœur lui manque beaucoup :

« Nous n’avions pas besoin de nous disputer. Nous avions les mêmes opinions sur tout. Et quand quelqu’un nous posait une question, Kveta et moi, nous répondions : ‘Nous pensons …’ Et on nous disait: ‘Je ne veux pas savoir ce que vous pensez mais ce que tu penses.’ Et je répondais : ‘Je pense la même chose que Kveta, inutile de lui poser la question. »

Les deux dernières décennies ont apporté à Kveta et Jitka Valova l’intérêt et la reconnaissance des milieux artistiques et du public. Elles ont exposé leurs œuvres en Tchéquie et à l’étranger et une grande rétrospective à la Galerie nationale de Prague en 2000 a été une véritable consécration de leur art. La gloire et les honneurs n’ont cependant rien changé à leur nature particulière et modeste. «Nous ne savons que peindre et ne voulons faire rien d’autre,» disaient-elles.

12-12-2007