L’ancienne Gare « Ernest Denis » de Prague, un monument sacrifié à l’arrogance du pouvoir

18-03-2010

Il y a 25 ans s’effondrait dans un nuage de poussière la Gare de Těšnov à Prague. 400 kilogrammes d’explosifs ont balayé l’édifice qui était considéré comme une des plus belles gares d’Europe centrale. Aujourd’hui cette démolition est considérée comme un acte de vandalisme et la Gare de Těšnov est devenue le symbole de tous les monuments historiques sacrifiés à l’arrogance des autorités.

Entre 1872 et 1875 la Société des chemins de fer du Nord-Ouest autrichien construit à la limite des quartiers de la Nouvelle ville et de Karlín à Prague une nouvelle gare. D’après l’historien de l’architecture Pavel Schreier, l’édifice appelé d’abord « Gare du Nord-Ouest » étonnait les passagers par son luxe et la splendeur de son architecture :

« L’édifice de la gare de Těšnov était tout a fait exceptionnel sur le plan architectural. Même si nous le comparions à toutes les autres gares du pays, nous aurions beaucoup de peine à lui trouver un concurrent de taille. Son caractère exceptionnel résidait dans le fait qu’il s’agissait d’une architecture vraiment pompeuse. (…) On peut dire que même par rapport aux autres édifices de ce genre à Prague, la gare de Těšnov était la première parmi les premières. »

Et Pavel Schreier d’ajouter que la somptuosité du bâtiment était peut-être due au fait que la Société des chemins de fer du Nord-Ouest autrichien désirait dédommager Prague qui avait été laissée de côté par la voie ferrée reliant Vienne et Berlin.

Pavel SchreierPavel Schreier Dans l’entre-deux-guerres la gare construite par l’architecte viennois Karel Schlimp porte le nom de l’historien français et ami des peuples tchèque et slovaque Ernest Denis. Dans les années soixante-dix du XXe siècle le trafic ferroviaire à Prague est remanié. Une voie rapide appelée « magistrála » est construite dans la proximité immédiate du bâtiment, la gare est fermée et abandonnée à une dévastation progressive. L’historien Pavel Schreier dénonce l’attitude des autorités de ce temps-là :

« Pendant 13 ans, depuis 1972, lorsque le dernier train est parti de cette gare, jusqu’au 16 mars 1985, lorsque tout s’est effondré, pendant ces longues treize années, on n’a pas trouvé un nouvel usage raisonnable pour ce joyau d’architecture. Ce qui est probablement la plus grande plaie dans l’histoire de Těšnov, c’est le fait que les autorités responsables n’ont pas trouvé ou peut-être ne voulaient pas trouver ce nouvel usage. L`architecture, aussi belle qu’elle soit, si elle n’est pas exploitée, si elle ne sert pas à quelque chose de concret, n’a pas de raison d’être. »

Après sa fermeture les autorités communistes voient du mauvais oeil cet édifice désaffecté et délabré au centre de la capitale, et c’est en 1985 qu’ils tranchent le débat sur son avenir. Ils le livrent à la démolition sans égard aux protestations des spécialistes.

La gare a disparu le 16 mars 1985 mais aujourd’hui encore elle reste un symbole qui mobilise ceux qui ne sont pas indifférents au patrimoine culturel. C’est à l’emplacement de l’édifice disparu qu’ils ont organisé, tout récemment, une manifestation pour sauver la gare de la ville de Ústí nad Orlicí en Bohême de l’est, un bel édifice datant de 1874 et qui est aujourd’hui, lui aussi, guetté par les démolisseurs. Les temps ont cependant changé et il semble que cette fois-ci cette initiative aboutira à la restauration de la gare menacée.

18-03-2010