La sécheresse fait émerger des « pierres de la faim » des eaux de l’Elbe

Si les précipitations du début du mois de septembre ont sans doute apporté un peu de soulagement après la sécheresse persistante de l’été 2018, le manque d’eau a été notable ces dernières semaines. Au point de faire surgir sur les bords de l’Elbe d’anciennes « pierres de la faim », porteuses d’avertissements de mauvais augure. Rappelant par la même occasion que, par le passé, des gens ont aussi souffert des conséquences de certains dérèglements climatiques.

Photo: Ondřej Hájek/ČTKPhoto: Ondřej Hájek/ČTK « Si vous me voyez, pleurez ». A Děčín, dans le nord de la Bohême, l’Elbe à son plus bas niveau en cinquante ans a fait apparaître cette inscription en allemand, la plus ancienne connue dans le pays puisqu’elle remonte à 1616.

Cette « pierre de la faim » n’est que l’une des nombreuses à avoir émergé des eaux du principal fleuve de République tchèque ces dernières semaines. Si elle date du début du XVe siècle, on sait toutefois qu’elle commémorait plusieurs périodes de sécheresses remontant aussi loin que 1417. Ces pierres étaient ainsi porteuses autrefois de mauvaises nouvelles à venir : les voir signifiait que le niveau de l’Elbe était à ce point critique que la population pouvait s’attendre à des temps difficiles.

La sécheresse et la chaleur n’étaient pas uniquement synonymes de mauvaise récolte, mais aussi de manque de nourriture et de fourrage ainsi que de hausse des prix. La baisse du niveau de l’eau signifiait également une navigation difficile sur l’Elbe, menaçant les moyens de subsistance des familles dépendantes des activités fluviales.

Richard Brabec, photo: Ondřej Deml/ČTKRichard Brabec, photo: Ondřej Deml/ČTK L’émergence de ces pierres aujourd’hui est tout aussi inquiétante qu’en ces temps anciens, alors que la République tchèque sort de deux mois de canicule quasi ininterrompue. A la fin de la semaine dernière, une réunion au gouvernement a rassemblé les ministres concernés, mais aussi des scientifiques et des experts. La priorité : retenir l’eau et constituer des réserves. Pour le ministre de l’Environnement Richard Brabec (ANO), une des solutions réside littéralement sous nos pieds :

« Les terres agricoles possèdent la plus importante capacité de rétention des eaux. On dit que si les terres agricoles tchèques étaient de bonne qualité, elles pourraient retenir environ 9 milliards de mètres cubes. Aujourd’hui, elles n’en retiennent qu’un peu plus de la moitié. Ce qu’il faut, c’est changer la façon de labourer. Avec le ministre de l’Agriculture, nous avons décidé de mettre en place à partir de janvier de nouvelles règles, notamment pour les terres particulièrement touchées par l’érosion. 25 % des terres agricoles du pays vont être concernées par ces règles de bonne pratique agricole sous peine de sanctions. »

Pour combattre la sécheresse, les ministères concernés ont également annoncé le déblocage de fonds pour réparer, réaménager voire créer des étangs. Des étangs qui peuvent former un microclimat, surtout lorsqu’ils sont reliés à un réseau d’autres étangs par l’intermédiaire de cours d’eau.

Photo: Igor Zehl/ČTKPhoto: Igor Zehl/ČTK En somme, revenir à un nombre suffisant de ces surfaces d’eau traditionnelles en pays tchèques, dont le nombre s’élevait à plus de 70 000 il y a des dizaines d’années, alors qu’ils ne sont plus que 23 000 aujourd’hui.

Pour Richard Brabec, l’approche de la lutte contre la sécheresse, dont on sait que l’épisode de cette année n’est plus un phénomène exceptionnel, doit être envisagée de manière globale :

« Il faut bien se rendre compte : il ne s’agit pas que des étangs. Il faut aussi de nouveaux réservoirs d’eau, mettre en place de nouvelles mesures relatives aux terres agricoles. L’objectif, c’est de maintenir l’eau dans les sous-sols et de faire en sorte qu’elle ne s’évapore pas. »