La justice indienne ne badine pas avec des entomologistes tchèques

09-09-2008

Après avoir passé un mois dans la prison de Dardjeeling en Inde et avoir été relâchés sous caution, deux entomologistes tchèques ne sont toujours pas sortis d’affaire. La cour locale les a reconnus coupables. De quel crime et pourquoi ? Détails de cette affaire quelque peu surprenante:

Alors que les deux entomologistes tchèques comptaient déjà faire leurs valises et rentrer au pays, la cour de Darjeeling, chef-lieu du Bengale occidental, en a décidé autrement. Elle a reconnu Petr Švacha et Emil Kučera coupables d’avoir violé la loi en collectant des insectes. Une décision de la justice indienne qui constitue une mauvaise surprise dans les milieux diplomatiques et scientifiques. Pour l’un des entomologistes, Petr Švacha, l’accusation ne tient pas la route. Il explique pourquoi :

« Dès le début, nous avons avoué que nous avons collecté des insectes en Inde sans permission, pour la simple raison que nous ne connaissions pas les termes de la loi de 2001 qui s’intitule « Biological Diversity Act » qui interdit de collecter quoique ce soit en Inde et concerne même les citoyens indiens. Si nous avions été jugés selon cette loi, mais cela n’a pas été le cas, nous n’aurions pas pu nous défendre. Par contre, nous avons été jugés en vertu de la loi intitulée « Wild Life Protection Act », et dans ce cas, nous pensons que les accusations portées contre nous ne sont pas fondées. »

Pour échapper à une éventuelle peine de prison pouvant aller de 3 à 7 ans, les entomologistes devront faire appel et, en dernier recours, présenter une demande de grâce. Les milieux scientifiques ne sont pas indifférents à la mauvaise tournure prise par l’expédition des deux chercheurs tchèques. Six biologistes indiens prennent aussi leur parti dans le magazine Current Science, où ils écrivent que ce qui est arrivé à Petr Švacha et Emil Kučera peut arriver à n’importe quel chercheur en Inde. Ils y affirment que la bureaucratie locale met sérieusement en danger la liberté scientifique dans le pays. La loi citée par Petr Švacha n’interdit pas seulement la collecte d’espèces qui ne sont même pas protégées, mais aussi l’exportation de toute information biologique, ce qui isole complètement la biologie et la zoologie indiennes du reste du monde. L’affaire a aussi été évoquée lundi lors de la rencontre du chef de la diplomatie tchèque, Karel Schwarzenberg, avec son homologue indien Anan Sharma en visite à Prague. Ce dernier a affirmé que l’Inde est une démocratie où la justice est indépendante du gouvernement. Le verdict de la cour doit être respecté et ce n’est qu’ensuite que la diplomatie indienne utilisera tous les moyens juridiques pour que les deux entomologistes tchèques puissent rentrer dans leur patrie. Une affaire à suivre…

09-09-2008