La jeunesse pragoise à travers l’objectif de photographes français

La jeunesse pragoise, tel est le thème d’une exposition, fruit d’une collaboration de neuf photographes français du Studio Hans Lucas, qui se tient actuellement au Café 35 à l’Institut français de Prague. Intitulée « 9 degrés. 9 regards. 9 jours », cette exposition collective est basée sur une résidence longue d’une semaine et organisée par la photographe française installée à Prague, Sophie Knittel. Pour reparler plus en détail de cet événement, Radio Prague a rencontré deux artistes, Plume Heters Tannenbaum et Jeanne Frank :

Jeanne Frank : « C’était une idée de Sophie qui a proposé aux photographes de notre collectif, l’agence Hans Lucas, de se réunir à Prague, sachant que l’on est tous d’écritures différentes. Il y a aussi bien des photojournalistes, comme moi, que des créatifs comme Plume. »

Cette résidence à Prague, suivie d’une exposition, a pour thème principal la jeunesse pragoise. Comment s’est passée cette semaine à Prague ? Y avait-il par exemple des choses qui vous ont surprises ?

Plume Heters Tannenbaum : « J’ai trouvé que par rapport à Paris, il y avait assez peu de jeunes dans les rues. Donc les trois ou quatre premiers jours, nous avons tous cherché les jeunes dans la rue et dans la ville avec nos appareils photo. Nous en avons vu passer quelques-uns mais nous n’avons pas vu des groupes de jeunes qui fument devant les universités ou qui prennent un apéro comme à Paris. On était étonné et on se demandait s’il n’y avait pas des lieux alternatifs où la jeunesse se retrouvait parce que nous, on ne la voyait pas. »

J. F. : « Et je pense qu’après, chacun a essayé de retranscrire comment il percevait la jeunesse. »

P. H. T. : « Oui, sans tomber dans le cliché. Sans aller prendre en photo seulement des jeunes en boîtes ou de jeunes consommateurs d’alcool. On a essayé de comprendre la jeunesse pragoise. Et comme nous étions neuf, chacun va avoir un angle différent, cela a pu nous donner des pistes. »

J. F. : « Il ne s’agissait peut-être pas de comprendre la jeunesse parce qu’une semaine, c’est court. Mais nous avons voulu en tout cas donner notre point de vue sur un ressenti de cette semaine. »

Quelles approches artistiques avez-vous choisi pour présenter la jeunesse pragoise ?

P. H. T. : « Par exemple moi, je suis partie de photos d’archives. Je suis allée chez les antiquaires et chez les brocanteurs et j’ai cherché des portraits et des photos de mariage. J’ai essayé de retrouver les mêmes vêtements, les mêmes gestes et les mêmes coiffures dans la ville. Et je me suis aperçue que cela n’avait pas beaucoup changé. Il y a des choses avec beaucoup de dentelle, il y a des chignons et des colliers de perles… J’ai donc toujours collé les deux portraits et ils sont en fait très similaires. »

J. F. : « J’ai fait une chose beaucoup plus créative qu’à l’ordinaire. D’habitude, je suis plutôt une photojournaliste mais j’ai testé la pose lente. Mon postulat dès le départ était cette jeunesse ‘très effacée’. Je suis donc allée dans des lieux où la jeunesse est censée être, c’est-à-dire des universités ou encore un bal de promo pour les lycéens qui passent leur bac et j’ai fait des poses très longues sur ces jeunes qui apparaissent donc sur la photo comme un voile. Même s’ils sont dans l’image, ils n’y sont pas vraiment. »

Et les autres photographes qui ont participé à cette résidence ?

J. F. : « Sophie a décidé de faire son travail sur le bal de promo. C’est du reportage mais… »

P. H. T. : « Mais c’est un peu scénarisé par les lumières et très valorisé. »

J. F. : « Karin Crona a fait un travail sur l’adolescence dans la banlieue de Prague, Charlotte Gonzales, pour sa part, est habituée à travailler sur les fêtes parisiennes ou ailleurs dans le monde. Elle a continué sur cette ambiance de la nuit… »

P. H. T. : « Puis, il y a Nicolas Lebeau (photographe invité qui ne fait pas partie du groupe Hans Lucas, ndlr) qui a travaillé sur la statue de Staline… »

Nicolas Lebeau : « Oui, j’ai décidé de travailler sur la jeunesse sans la montrer directement. En me promenant dans le parc de Letná, sur l’ancienne dalle de granit où il y avait la grande statue de Staline, j’ai remarqué des amoncellements de pierre que les skateurs avaient créés pour briser la planéité du lieu et pour créer des obstacles pour qu’ils puissent justement skater sur cette surface plane. Pour moi, c’était une sorte de sculptures inconscientes et j’ai trouvé que cela montrait parfaitement la puissance créatrice d’une jeunesse qui n’attend personne pour aménager son propre terrain de jeu et qui se sert directement dans la matière de la place. J’ai travaillé sur ces sculptures, je les ai photographiées et les ai isolées sur des fonds noirs. J’ai donc des photographies de nuit au flash. »

Actuellement, on peut voir vos œuvres au Café 35 à l’Institut français de Prague. Combien de photos sont exposées et jusqu’à quand se tient cette exposition ?

J. F. : « L’exposition se tient jusqu’au 3 mars et chaque photographe y présente entre quatre et neuf images. »