La déclaration de programme du gouvernement Babiš : un « coup marketing » ?

19-12-2017

Le gouvernement minoritaire d’Andrej Babiš a présenté lundi sa déclaration de programme qui détaille les grands axes de la politique qu’il entend conduire. Avec ce document d’une trentaine de pages, le leader du mouvement ANO espère surtout pouvoir trouver un soutien auprès des partis représentés à la Chambre des députés pour que son cabinet puisse obtenir la confiance début janvier.

Richard Brabec et Andrej Babiš, photo: ČTKRichard Brabec et Andrej Babiš, photo: ČTK « Il y a par exemple la baisse de la TVA pour les produits alimentaires de base, il y a la réforme des retraites, la ‘débureaucratisation’, un grand bond en avant pour la rénovation et la construction d’infrastructures de transports… Nous espérons que cela permettra d’arrondir les angles… »

Comme le note le ministre de l’Environnement Richard Brabec (ANO), il y a beaucoup de choses dans cette déclaration de programme, qui doit avant tout permettre à M. Babiš de réussir à trouver les soutiens de partis très divers sur le spectre politique. Il faut essayer de les satisfaire tous, dans la mesure du possible, et d’abord de ne pas les braquer.

La révision du registre centralisé des recettes des entreprises, un dispositif de lutte contre la fraude à la TVA, pourrait par exemple plaire au parti ODS et aux chrétiens-démocrates. La hausse des retraites, notamment pour les personnes de plus de 85 ans, viserait plutôt les sociaux-démocrates et les communistes… Et ce n’est pas tout, comme l’indique le Premier ministre Andrej Babiš :

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK « On parle de l’accès aux soins sociaux et de santé. Il est évidemment également question de politique étrangère. Nous voulons lutter contre l’immigration illégale, nous voulons lutter contre les quotas, nous ne voulons pas de l’euro. Nous voulons investir massivement. On verra bien comment chaque parti se positionnera vis-à-vis de ces points. »

Le volet « investissement massif » comprend plusieurs aspects. Il s’agit d’investir dans l’éducation en augmentant significativement les salaires des enseignants, d’utiliser les fonds européens pour développer l’accès à internet à très haut débit, ou bien encore de construire et de rénover quelque 200 kilomètres d’autoroutes. A côté de cela, le gouvernement minoritaire veut doubler les dépenses du secteur de la défense. L’objectif est d’être plus présent dans les opérations à l’étranger et aussi de « réduire le risque terroriste ».

Sur la base de ce programme, le mouvement ANO entend mener des négociations avec les partis politiques jusqu’aux fêtes de Noël, et les reprendre après le Nouvel An. Elles ont peu de chance d’aboutir, le parti ODS et les chrétiens-démocrates ayant déjà annoncé qu’ils n’accorderaient pas la confiance au cabinet de M. Babiš. Président du parti conservateur TOP 09, Jiří Pospíšil estime de surcroît que la déclaration de programme ne constitue pas une base de travail sérieuse :

Jiří Pospíšil, photo: Filip Jandourek, ČRoJiří Pospíšil, photo: Filip Jandourek, ČRo « Pour l’heure, ce gouvernement n’a pas le soutien à la Chambre des députés. Il n’a pas réellement essayé de le négocier et cela signifie qu’il va probablement gouverner durant seulement quelques semaines. Il est donc manifeste que cette déclaration gouvernementale s’apparente plus à un coup marketing qu’à un document sérieux sur la base duquel le cabinet actuel pourrait gouverner. »

Le quotidien Mladá Fronta Dnes, dont la maison d’édition avait été racheté par Andrej Babiš, partage en partie cette analyse. D’après le journal, le gouvernement aura bien du mal à obtenir la confiance des députés le 10 janvier prochain et il ne devrait pas rester en poste bien longtemps. En revanche, la déclaration de programme pourrait servir de point d’appui à d’éventuelles futures négociations, avec le parti ODS ou avec la social-démocratie, en vue de la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale.

19-12-2017