La communauté tchèque de Paris s’expose au-delà des clichés

Vendredi dernier, l’Institut français de Prague a inauguré l’exposition « Les Tchèques de Paris » du photographe tchèque Karel Steiner. Pas moins de 45 portraits étaient exposés, soit plus d’une décennie de travail. Diplomates, scientifiques, ou étudiants, tous se sont prêtés au jeu des photographies. Une immersion dans l’intimité de cette communauté discrète mais attachée à sa culture.

Karel Steiner, photo: Corentin NicolasKarel Steiner, photo: Corentin Nicolas Parti de Tchécoslovaquie en 1968, Karel Steiner n’est pas pour autant inconnu à Prague, et certainement pas pour les amateurs de photo. Il y a onze ans, le photographe américano-tchèque avait exposé certains de ses clichés dans la capitale tchèque. Depuis l’artiste n’a pas chômé et a poursuivi son travail de prospection dans les quartiers de Paris.

« Je continue à photographie des Tchèques, mais l’activité est un peu au ralenti. Quand je trouve quelqu’un d’exceptionnel, bien dans son métier, de doué, je lui pose la question si il ou elle accepterait d’être photographié. C’est ainsi que le projet continue de s’enrichir. Même si la structure de ce projet documentaire photographique est déjà faite, je ne suis pas contre l’idée de rajouter de nouvelles personnes quand je les trouve. »

Photo: Corentin NicolasPhoto: Corentin Nicolas Dans cette exposition, les personnalités du quotidien en bleu de travail posent fièrement aux côtés de personnalités publiques comme le skippeur Milan Koláček ou l’ancien ambassadeur tchèque en France et récent candidat à la présidence tchèque, Pavel Fischer. Tous représentent un modèle de réussite sociale dans leur pays natal.

Même si les décors comme l’établissement de Sciences politiques ou la Tour Eiffel imposent le cadre français, de nombreux éléments rappellent l’attachement fort au pays natal.

« Je pense que les Tchèques en France - même si cette exposition se concentre sur les Tchèques à Paris - sont fiers d’être tchèques et ne sont pas nostalgiques de la Tchécoslovaquie. Ils participent à des évènements comme la fête nationale tchèque, ils sont souvent invités à l’ambassade, ils participent à des évènements dans le centre culturel à Paris. Ce n’est pas un rejet. C’est quelque chose en plus, ce sont des personnes riches d’expériences mais ils ne rejettent pas leur origines. »

Karel Kurzweil, photo de l'exposition: Corentin NicolasKarel Kurzweil, photo de l'exposition: Corentin Nicolas Cette exposition est également une belle page historique. Mention spéciale à Karel Kurzweil, co-fondateur de la carte téléphonique à puce, prépayée, qui était le lien privilégié entre diaspora et population restée au pays. Aujourd’hui, les modes de communication ont bien changé, tout comme les mentalités. Une jeune population désormais plus apte à pérenniser les liens avec la République Tchèque selon Karel Steiner :

« Oui la mentalité a changé parce qu’en 2004-2005, c’était déjà après la chute du communisme, mais c’était cette génération marquée par les évènements de 1968, l’occupation de la Tchécoslovaquie par l’Union soviétique. Ils ont échappé à cela, en fuyant le pays, souvent seulement avec une valise. Maintenant la mentalité de jeunes étudiants est différente. Ils savent qu’ils peuvent voyager à leur guise, souvent plusieurs fois par an. Le coût de l’avion a baissé, peut-être 10% de ce que cela coûtait avant, on n’a pas le sentiment que c’est à sens unique et que l’on ne peut pas revenir. »

Pavel Fischer, photo de l'exposition: Corentin NicolasPavel Fischer, photo de l'exposition: Corentin Nicolas Quant à la suite de ses projets, Karel Steiner semble optimiste :

« Ce qui est intéressant depuis l’installation de ce projet photographique à Prague, c’est que le directeur m’a suggéré de réfléchir à un projet sur la communauté française en République tchèque, ce qui me permettrait de passer plus de temps dans mon pays d’origine. »

Pour l’heure, l’exposition « Les Tchèques de Paris » se tient toujours, jusqu’au 3 novembre 2018 à l’Institut français de Prague.