Kurt Taussig, pilote tchèque de la RAF sorti de l’oubli

C’est un des oubliés de la Deuxième Guerre mondiale : Kurt Taussig, 95 ans, est un ancien pilote tchèque de la Royal Air Force britannique, inconnu dans son pays d’origine et dont l’histoire vient d’être révélée par un reportage de la Télévision tchèque. Quelque 76 ans après avoir quitté le pays, grâce à l’opération de sauvetage d’enfants juifs organisée à Prague par le Britannique Nicholas Winton, le Londonien Kurt Taussig est devenu citoyen d’honneur de sa ville natale de Teplice. Son parcours, ainsi que celui d’autres pilotes de guerre tchécoslovaques « méconnus », intriguent les historiens.

Kurt Taussig, photo: Milan Herčút, archive de Kurt TaussigKurt Taussig, photo: Milan Herčút, archive de Kurt Taussig Kurt Taussig, photo: Milan Herčút, archives de Kurt TaussigKurt Taussig, photo: Milan Herčút, archives de Kurt Taussig Ce fut un moment plein d’émotions lorsque Kurt Taussig a reçu, dans sa maison située en banlieue de Londres, une délégation du Sénat tchèque, venue le nommer citoyen d’honneur de Teplice. Une ville de Bohême du Nord que Kurt Taussig avait visitée à plusieurs reprises ces dernières années, encore à titre individuel et à l’insu des autorités locales. La famille Taussig, d’origine juive, a été chassée de Teplice en octobre 1938, après l’annexion des Sudètes par l’Allemagne nazie. Kurt, âgé à l’époque de 16 ans, et l’un de ses deux frères réussissent à quitter la Tchécoslovaquie à bord du dernier train rempli d’enfants qui part de Prague à destination de Londres en août 1939.

Faisant partie des 669 enfants et adolescents tchécoslovaques ainsi sauvés par l’organisateur de ces convois, Nicholas Winton, les deux frères rejoignent l’armée britannique au début des années 1940. Kurt Taussig veut devenir pilote au sein de la Royal Air Force (RAF), au même titre que ses compatriotes qui seront au total 2 500 à intégrer les escadrons tchécoslovaques. Or, l’armée de l’air de son pays d’origine refuse sa candidature. Plus de 70 ans plus tard, l’historien slovaque Milan Herčut a trouvé une explication dans les archives. Le candidat « ne maîtrise probablement pas la langue tchèque et sa présence au sein de l’armée de l’air pourrait troubler les aviateurs tchèques », peut-on lire dans le document en question. Aujourd’hui encore, Kurt Taussig s’étonne :

« A Teplice, tout le monde parlait tchèque et allemand. C’est comme ça que j’ai été élevé. »

Kurt Taussig ne se laisse pas décourager. En tant que pilote de chasse du 225e escadron britannique, il participe notamment aux combats dans la Méditerranée, effectuant finalement, à bord des légendaires Spitfires, deux fois plus d’opérations aériennes, que le dernier pilote tchèque de la RAF encore en vie, Emil Boček. L’historien Milan Herčút précise :

Photo: Milan Herčút, archives de Kurt TaussigPhoto: Milan Herčút, archives de Kurt Taussig « Kurt Taussig participait à des mission assez dangereuses. Il a combattu en Italie, à la montagne, où il devait voler assez bas et en même temps atteindre une grande vitesse. C’était vraiment difficile au niveau du pilotage. »

Après la Libération de 1945, les trois frères Taussig se sont retrouvés à Londres. Mais il n’était plus question pour eux de retourner en Tchécoslovaquie, où, par ailleurs, les aviateurs ayant combattu au sein de l’armée britannique allaient être persécutés et emprisonnés par les autorités communistes. Kurt Taussig se souvient :

« En Grande-Bretagne, mon frère et moi avons dû rompre complètement avec notre passé. Au bout de deux ans, nous étions tout à fait intégrés dans la société britannique. A part mes parents qui sont restés en Tchécoslovaquie, je n’avais plus de liens avec le continent. »

Selon les récentes recherches menées par des historiens, près d’un enfant tchécoslovaque sur six transférés à Londres grâce au travail de Nicholas Winton en 1938/1939, a choisi de s’engager dans l’armée pour faire face à l’Allemagne hitlérienne. Parmi eux figuraient sans doute d’autres aviateurs, outre Kurt Taussig. Une page blanche, en quelque sorte, de l’histoire tchécoslovaque, comme l’admet l’historien Milan Herčút :

« Pour l’instant, nous n’avons pas réussi à documenter les parcours de quelque soixante ou quatre-vingt pilotes tchécoslovaques. Pour certains d’entre eux, nous connaissons leur nom, mais nous ne savons rien sur leur engagement pendant la guerre. »