Kuciak : le procès slovaque suivi de près à Prague

13-01-2020

Après une audience préliminaire en décembre débutait ce lundi le procès des responsables présumés des meurtres de Ján Kuciak et de sa compagne Martina Kušnírová. Une étape essentielle dans le processus de guérison du pays voisin, malade de corruption aigüe. Les médias tchèques suivront ce procès avec d’autant plus d’attention que le jeune journaliste assassiné travaillait en étroite collaboration avec des collègues de Prague.

Le procès à Pezinok, photo: ČTK / Václav ŠálekLe procès à Pezinok, photo: ČTK / Václav Šálek Le niveau de sécurité est élevé autour et du tribunal spécial de Pezinok où a officiellement commencé ce matin ce procès qui fera date dans l’histoire de la jeune Slovaquie.

Quatre personnes sont jugées ; seul un des accusés a plaidé coupable lundi matin, tandis qu’un homme a déjà été condamné à 15 ans de réclusion dans cette affaire – un intermédiaire entre commanditaire et exécutants du double meurtre, qui a coopéré avec les enquêteurs.

Ce procès marque « La fin de l’impunité » en Slovaquie, estime en titre le quotidien tchèque Hospodářské Noviny, qui rappelle la manière dont le commanditaire présumé, Marian Kocner, a étendu son influence dans les plus hautes sphères politico-judiciaires de l'Etat slovaque et menacé par téléphone le journaliste d’investigation quelques mois avant sa mort, en février 2018.

Marian Kočner, photo: ČTK / Václav ŠálekMarian Kočner, photo: ČTK / Václav Šálek Plusieurs médias tchèques ont envoyé des correspondants sur place pour suivre ce procès extraordinaire. La journaliste tchèque Pavla Holcová, ancien proche collaboratrice de Ján Kuciak, indique ne plus craindre pour sa sécurité physique aujourd’hui. Selon elle, l’un des principaux enjeux sécuritaires actuellement pour les rédactions est informatique :

« Lorsque je me rends dans une rédaction en Slovaquie c’est dans celle du centre d’investigation qui porte le nom de Ján Kuciak et la sécurité physique du bâtiment en lui-même n’est pas particulièrement élevée. En revanche la sécurité digitale, la sécurité informatique est assurée à très haut niveau. Tous les moyens de communication sont sécurisés et il n’y reste jamais d’ordinateur susceptible d’être piraté. »

Pavla Holcová a contribué à fonder l’année dernière ce nouveau Centre slovaque pour l’investigation journalistique ICJK (http://icjk.sk/) dont son président, Arpád Soltész, nous avait dit quelques mots :

Pavla Holcová, photo: ČRo PlusPavla Holcová, photo: ČRo Plus « Après le meurtre de Ján, un groupe de journalistes appelé All for Jan s’est formé pour permettre de terminer sa dernière enquête sur les affaires de la mafia calabraise ’Ndrangheta en Slovaquie. Mais les médias sont quand même un secteur concurrentiel à la base… Donc nous avons décidé avec Peter Bardy, le rédacteur en chef de Ján à Aktuality.sk, et Zuzana Petková, qui dirige aujourd’hui une fondation contre la corruption, de maintenir cette forme de coopération très efficace et de fonder un centre en Slovaquie qui serait l’équivalent du Centre pour l’investigation journalistique ( http://www.investigace.cz/) qui existe déjà depuis plusieurs années en République tchèque. »

La petite ville de Pezinok et son tribunal spécial vont continuer à être l’objet de l’attention de nombreux médias tchèques pendant les semaines que vont durer ce procès, d’autant qu’il se déroulera pendant la campagne électorale pour les élections législatives slovaques de la fin du mois de février.

13-01-2020