Katka : le destin d’une toxicomane vu par la caméra pudique d’Helena Třeštíková

25-02-2010

La grande dame du documentaire tchèque Helena Třeštíková sort un nouvel opus. Après Marcela et René, son nouveau documentaire Katka, portrait d’une jeune femme paumée et toxicomane, est le troisième volet d’un cycle consacré aux personnes en marge de la société. Le documentaire sort ce jeudi dans les salles.

Katka, photo: CTKKatka, photo: CTK A une époque où le spectateur a tendance à zapper, où les équipes de tournage sont mises sous pression et peuvent passer d’un sujet à l’autre sans aller au-delà, un documentaire qui s’attache à suivre une personne pendant quinze ans fait figure d’OVNI. Pourtant l’œuvre documentaire de Helena Třeštíková est ainsi faite : qu’il s’agisse de ses cycles sur des couples filmés sous le communisme puis dix-sept ans après ou de Katka, Helena Třeštíková mise sur la durée pour comprendre tous les enjeux humains et sociologiques des sujets qu’elle aborde. Une persévérance et une profondeur de réflexion, malgré l’incertitude que cela sous-tend, qui lui ont d’ailleurs valu de remporter, en 2008, le Prix Arte du meilleur documentaire pour son film sur le délinquant René.

Avec son nouveau film Katka, Helena Třeštíková propose le portrait sur quinze ans d’une jeune femme qui se perd dans la drogue. Lorsqu’en 2007, Helena Třeštíková retrouve Katka pour la énième fois, c’est le choc :

Katka et Helena Třeštíková, photo: CTKKatka et Helena Třeštíková, photo: CTK « A l’époque, elle-même nous a dit qu’elle aurait besoin de quelque chose pour lui donner un coup de pied, une motivation pour se reprendre en main. Donc on s’est mises d’accord sur le premier jour de tournage. Ce jour-là, Katka m’a dit qu’elle soupçonnait qu’elle était enceinte. Ca nous a fait un coup. On ne s’en doutait pas et d’un coup, l’histoire a été colorée par un thème très fort. C’était très clair. »

'Katka''Katka' Un retournement très « cinématographique » qui en fait le pivot du documentaire de Helena Třeštíková. Si l’on suit Katka depuis son adolescence dans sa longue descente dans l’enfer de la drogue, en passant par la prostitution, c’est sur sa période « adulte » que se concentre ensuite la réalisatrice. La galère, les squats, les tentatives de décrocher, sa relation avec un homme toxicomane comme elle, et puis, cette grossesse qui d’abord se dessine comme l’espoir éventuel mais vacillant d’un changement de vie pour tous les deux. Un changement que l’équipe de tournage tente parfois d’accompagner :

« Nous avons essayé de l’aider dans l’organisation de certaines choses comme les soins médicaux. Nous avons appris qu’il existait à l’hôpital Motol, à Prague, un médecin spécialisé dans les grossesses des femmes dépendantes. Nous l’avons contacté. Un des gros problèmes des toxicomanes est de venir à temps aux rendez-vous par exemple. Nous avons essayé de l’aider et nous espérions tous que l’histoire évolue différemment que ce qu’il en a été finalement. »

'Katka''Katka' Aujourd’hui, Katka vivote en effet toujours de squat en squat tandis que son homme est derrière les barreaux. Ils n’ont plus la garde de leur petite fille, Tereza. En dépit du fait que dans ce documentaire Helena Třeštíková se soit impliquée d’une certaine façon dans la vie de Katka, la réalisatrice s’efforce de rmaintenir une certaine distance avec les personnes qu’elle suit avec sa caméra, sans jugement :

'Katka''Katka' « Je suis une observatrice, je me suis toujours considérée comme telle. Je n’oserais jamais me poser dans le rôle du juge. Dans ce film, il y a une scène où j’essaye de secouer un peu Katka. Cette scène vient du fait qu’après le premier montage, on a trouvé que j’étais trop passive. Certains collaborateurs me demandaient comment je pouvais rester sans rien dire. Je leur ai dit q’au contraire j’étais souvent intervenue, c’est pourquoi on a rajouté cette scène. J’aimerais que ce film amorce pour les spectateurs le début d’une réflexion, et, que pour les jeunes, ce soit l’occasion de réfléchir aux conséquences de la drogue. »

Helena Třeštíková et son équipe espèrent qu’à l’avenir le film pourra être présenté dans les écoles de République tchèque.

25-02-2010