Karlovy Vary 2016 : un premier film en compétition pour le Montréalais Jesse Klein

Réalisateur québécois anglophone, Jesse Klein présentait mardi au festival de Karlovy Vary son premier long-métrage « We’re still together » en avant-première mondiale. Le film, proposé dans la section compétitive, explore la question de la solitude en faisant interagir deux personnages que tout semble opposer. Quelques jours avant la projection, Radio Prague a rencontré le cinéaste qui évoque tout d’abord la construction de ce duo composé de Chris, un personnage en surpoids mal dans sa peau, et de Bobby, qui apparaît au contraire très sûr de lui :

Jesse Klein, photo: Film Service Festival Karlovy VaryJesse Klein, photo: Film Service Festival Karlovy Vary « Je ne pense pas que c’était délibéré ou que je savais, quand j’ai commencé à écrire, que ces deux personnages devaient être des opposés. Mais c’est plutôt que les façons dont ils interagissent avec les autres personnes dans leur vie sont totalement différentes. Ce n’était pas vraiment mon intention de faire deux personnages totalement opposés mais en faisant le montage, en écrivant le film, c’est finalement comme cela que ça s’est construit. »

Le personnage de Bobby vient en aide à Chris au moment où celui-ci est victime d’une agression. Pourquoi décide-t-il de lui venir en aide ?

« La plupart des personnes auraient peut-être crié, ‘Arrête, arrête !’, ou appelé la police. Bobby veut se battre avec tout le monde et s’il voit quelque chose dans la rue, il veut s’immiscer dans la situation. Je pense qu’il a une très sérieuse opinion de ce qu’il croit être bon ou mauvais et qu’il va décider pour tout le monde. »

Ce personnage de Bobby est interprété par votre propre frère, Joey Klein, qui est lui-même réalisateur. Comment on dirige son frère ?

« Je viens juste d’écrire un article sur ce sujet pour ‘Filmmaker Magazine’ ; comment c’était de collaborer avec mon frère. Quand on a tourné le film, il n’y avait pas beaucoup de directions. Cela s’est passé plutôt avant. J’ai écrit le script durant un an et demi avant le tournage et je pense que nous étions en train de créer ce personnage ensemble pour beaucoup d’années à venir, mais pas de façon consciente. Parce qu’il est aussi réalisateur, sur le plateau de tournage, il s’agissait plutôt de créer un espace où il peut créer ce qu’il veut. »

'We're still together', photo: Film Service Festival Karlovy Vary'We're still together', photo: Film Service Festival Karlovy Vary Il est également intéressant de voir Montréal sous l’angle de cette ville où cohabitent une population francophone et une population anglophone. Comment cela fonctionne dans votre film ?

« C’est quelque chose qui est très intéressant du simple fait de vivre là-bas. Je ne sais pas si c’est intéressant dans mon film, mais c’est totalement unique en Amérique du Nord. Il y a six millions de personnes au Québec. Je pense qu’il y en a un million qui parlent anglais et cinq millions qui parlent français mais le million d’anglophones habitent tous à Montréal, une ville de deux à trois millions d’habitants où il y a également beaucoup d’autres langues car c’est très multiculturel. Pour moi, faire un film à Montréal, si c’est en français, il y a une culture très complète, mais si c’est en anglais, il faut aussi vivre en français. Il n’y a pas beaucoup de personnages francophones dans le film, mais il y a tout de même Patricia, jouée par Marie Turgeon, une femme avec laquelle Bobby a eu une relation. C’est une actrice que j’aime beaucoup, j’aime travailler avec elle. Pour moi, c’était aussi simple que cela : il doit y avoir, même si c’est juste un peu, du français dans un film au Québec. »

Cette cohabitation se voit-elle aussi dans le cinéma ?

'We're still together', photo: Film Service Festival Karlovy Vary'We're still together', photo: Film Service Festival Karlovy Vary « Oui mais c’est difficile pour moi de penser à des réalisateurs anglophones au Québec. Je pense à Xavier Dolan, Denis Côté… Maintenant Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve font des films aux Etats-Unis. Je n’ai pas vu beaucoup de films anglophones au Québec mais hors du Québec, au Canada, il y a un tas de très bons réalisateurs. Il y a les deux, des cinéastes anglophones et francophones, et il y a beaucoup de bonnes choses des deux côtés. »

« We’re still together » est montré à Karlovy Vary en compétition. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

« Pour moi c’est très excitant. Je suis très fier de mon équipe. C’est un grand festival avec une grande histoire. J’ai vu la salle qui peut accueillir 1200 personnes. C’est quelque chose qui m’étonne et je suis très excité juste à l’idée de m’asseoir dans cette salle avec mille personnes et de voir ce qu’ils voient eux, quand rient-ils, pourquoi rient-ils ou ne rient-ils pas. »

Quelle est jusqu’à présent votre impression sur le festival de Karlovy Vary ?

« La première chose que j’ai vue et que je suis très heureux de voir, c’est que c’est très ‘fan-friendly’. C’est pour les personnes qui viennent voir les films. C’est juste très excitant. Je ne sais pas, c’est peut-être parce que nous sommes en Europe. Je suis content de voir autant de personnes à chaque projection. Toutes les salles sont à guichet fermé. Tous les gens sont ici parce qu’ils aiment le cinéma. Pour un réalisateur, c’est juste… ! »