« Je n'ai évité la mort que par hasard »: Harry Pollak raconte sa vie dans un nouveau livre

12-11-2010

Il s’appelle Harry Pollak et il est né en Bohême dans une famille d’origine juive en 1923. Il a décidé de raconter sa vie dans un livre qu’il a d’abord rédigé en anglais pour son fils. La maison d’édition tchèque Mladá fronta a décidé de traduire ce manuscrit de 550 pages pour en faire un livre d’un peu moins de 300 pages intitulé « Ma vie », qui est sorti cette semaine à Prague.

Harry Pollak, photo: Petr BrodeckýHarry Pollak, photo: Petr Brodecký Sa vie, c’est d’abord l’exil, le double exil. La première fois en 1938, quand ses parents décident de l’envoyer étudier en France, au lycée de Nîmes. Il ne reverra plus jamais sa famille, exterminée par les nazis. Il a 17 ans quand la guerre éclate. Il décide de s’engager dans l’armée tchécoslovaque en exil:

« Le centre de cette armée tchécoslovaque en France était à Agde. C’est là où on faisait l’entraînement avant d’être envoyé vers le Nord de la France. Moi, j’ai seulement fait l’entraînement et la France a capitulé. Alors on nous a évacué d’Agde à Sète, où on nous a fait embarquer sur un navire qui transportait du charbon. Le bateau était prévu pour un équipage de 12 personnes et on a embarqué 1 500 soldats dessus. On nous a transporté pendant trois jours jusqu’à Gibraltar. Trois jours terribles ! Sans nourriture, sans eau, c’était en juin, il faisait chaud. A notre arrivée à Gibraltar nous étions noirs de charbon. »

A Gibraltar, Harry Pollak et des centaines d’autres soldats tchécoslovaques sont embarqués sur un autre bateau à destination de la Grande-Bretagne. Cinq ans après, en juin 1944, Harry Pollak débarque en Normandie:

« Nous débarquons à Arromanches avec du retard à cause du mauvais temps sur la Manche. Je ne me rappelle pas de la date exacte mais c’était en juin, environ dix jours après les premiers bateaux. On voyait aux alentours les restes des batailles. C’était surtout l’armée polonaise qui avait combattu là. Ils avaient les mêmes chars que nous et on pouvait voir un grand nombre de ces chars détruits parce que les canons allemands étaient plus efficaces que nos canons. Ce n’était pas très encourageant…Nous avons passé le reste de la guerre dans le Nord de la France en faisant le siège de Dunkerque, où était enfermée l’armée allemande, à peu près cinq fois plus nombreuse que nous. Le plus grand danger à Dunkerque, c’était les mines, qui causaient les plus nombreuses blessures. Je n’ai évité la mort que par hasard…»

Harry Pollak, photo: Petr BrodeckýHarry Pollak, photo: Petr Brodecký Le soldat Harry Pollak va poursuivre sa route vers l’Est, pour rejoindre sa Tchécoslovaquie natale, où l’attendent encore bien des péripéties. Contraint par la suite de quitter à nouveau son pays après le putsch communiste de 1948, il repart pour l’Angleterre, où il va entamer une carrière assez exceptionnelle. Son livre est d’ailleurs sous-titré « L’homme qui a sauvé la marque Aston Martin ». Nous reviendrons plus longuement sur le parcours d’Harry Pollak dans une prochaine émission.

12-11-2010