Il y a 60 ans était créé à Prague le premier centre d’accueil pour alcooliques au monde

17-05-2011

Il y a 60 ans de cela, en mai 1951, était ouvert, à l’hôpital Apolinář de Prague, le premier centre de désintoxication pour alcooliques en Tchécoslovaquie. Créé par le psychiatre Jaroslav Skála, spécialiste de la prévention et du traitement de la dépendance à l’alcool, ce centre, unique en son genre à l’époque dans le monde et réputé pour la dureté des méthodes de soins employées, a rapidement été copié avec succès ailleurs dans le monde.

Le centre de désintoxication pour alcooliques à l’hôpital ApolinářLe centre de désintoxication pour alcooliques à l’hôpital Apolinář Pour donner une idée des méthodes draconiennes prônées par le docteur Skála, terreur des alcooliques, les Tchèques aiment à raconter l’anecdote selon laquelle les patients passés par le centre de désintoxication ne pouvaient plus ensuite se rendre à la montagne ni même voir une quelconque paroi ou rocher, sous peine d’avoir envie de vomir. En tchèque, en effet, le mot « skála » signifie « roche, rocher ». Or, les séances de vomissement en groupe suite à la consommation forcée d’alcool et de médicaments faisaient partie des méthodes de l’impitoyable docteur, au même titre que les massages à l’eau glacée ou encore l’exercice physique.

Un peu paradoxalement au regard dons de certaines méthodes et fait unique à l’époque, où seule la répression prévalait dans la lutte contre l’alcoolisme en Tchécoslovaquie comme dans le reste du monde, l’établissement a pourtant d’abord été pensé par Jaroslav Skála comme un lieu d’accueil et de protection. Il s’agissait d’y laisser dégriser les buveurs dans un premier temps, de leur apporter les premiers soins les plus urgents, avant de proposer un traitement aux malades de longue durée. C’est ce que rappelle le docteur Petr Popov, l’actuel chef du service en charge du traitement des dépendances à l’hôpital universitaire de Prague :

« La création du centre a été une réaction au fait qu’il n’existait alors pas d’établissement adapté pour les personnes souffrant de problèmes d’alcoolisme, ayant des conflits familiaux ou des ennuis judiciaires. Ces gens avaient besoin d’être soignés. C’est donc pour eux que le docteur Skála a créé ce centre d’accueil. Il s’agissait d’une conception rare dans le monde, car dans aucun pays il n’existait d’établissement dont la vocation était d’abord sanitaire et préventive. Partout ailleurs, il s’agissait plutôt d’établissements de type répressif. »

Autre particularité de ce premier centre pragois : les patients eux-mêmes étaient chargés de l’accueil des nouveaux arrivants. L’objectif était de leur faire prendre conscience de leur état et de tous les désagréments qui en découlaient pour leur entourage et leurs proches lorsque eux-mêmes étaient en état d’ébriété.

Rapidement, le concept s’est développé en Tchécoslovaquie, puis au-delà des frontières du pays. Depuis les années 1950, bien des choses ont toutefois évolué. Le nombre de ces centres d’accueil et de désintoxication a fortement diminué en République tchèque depuis le début des années 1990, mais ils ont laissé la place à des établissements modernes confrontés à une autre situation qu’il y a soixante ans de cela. Petr Popov compare les deux époques :

« Au tout début, c’était un établissement dans lequel les patients se rendaient plutôt seuls. Dans les situations extrêmes, quelqu’un les accompagnait lorsqu’ils n’étaient plus en mesure de marcher. Mais il ne s’agissait pas vraiment de patients qui avaient de problèmes de santé graves ou urgents, à la différence d’aujourd’hui, où cela est très fréquent. Aujourd’hui, les personnes que nous accueillons sont souvent blessées, parfois gravement, et elles ont d’autres problèmes de santé, comme par exemple les SDF. C’est pourquoi, aujourd’hui, les centres doivent disposer d’un personnel qualifié et spécialisé mais aussi être bien équipés car nous sommes confrontés à des situations d’urgence. »

Ce qui n’a pas changé, en revanche, est que l’alcoolisme demeure un important problème sanitaire en République tchèque. Selon les dernières statistiques, chaque Tchèque âgé de plus de 15 ans consomme en moyenne 16,5 litres d’alcool pur par an, soit près de trois fois plus que la moyenne mondiale (6,13 litres).

17-05-2011