Hu-lala.org, un site en français pour mieux connaître l’Europe excentrée du groupe de Visegrád

« Ouh là là ! » : cette locution interjective typique du français peut, selon le contexte de son usage, servir à marquer l’admiration, exprimer un avertissement ou encore signifier une forme de sarcasme ; autant de sentiments qu’a souvent inspirés le groupe dit de Visegrád, qui réunit les pays d’Europe centrale, ces derniers temps. Mais Hulala (qu’il convient donc de prononcer comme « Ouh là là ! ») est aussi un site francophone d’information qui relate l’actualité de la Hongrie et de ses pays géographiquement et culturellement proches, parmi lesquels la République tchèque. Ludovic Lepeltier-Kutasi en est le directeur de la publication. De passage à Prague, Ludovic Lepeltier-Kutasi a présenté Hulala et ses objectifs au micro de Radio Prague :

Ludovic Lepeltier-Kutasi, photo: CEFRESLudovic Lepeltier-Kutasi, photo: CEFRES « Hulala se présente comme un média de l’Europe excentrée, ce qui signifie qu’il a la vocation de couvrir l’ensemble de l’Europe centrale, et ce même si, actuellement, nous sommes plutôt basés à Budapest. C’est un site qui a été créé en 2009 par quelques Français qui se sont retrouvés un peu par hasard dans la capitale hongroise. A l’origine, c’était une sorte de blog sur l’actualité hongroise qui, progressivement, s’est transformé en média complet et généraliste sur la Hongrie. Et depuis le printemps 2016, Hulala a donc la volonté de couvrir aussi l’actualité polonaise, tchèque et slovaque. »

Quels sont les thèmes dont vous traitez ?

 « Nous traitons principalement de l’actualité politique et sociale, plus marginalement de l’économie. Nous nous efforçons également de parler de tout ce qui est lié à l’actualité culturelle hongroise. Et depuis l’extension géographique du site au printemps dernier, nous essayons d’évoquer des aspects et des sujets qui sont un peu en contrepied de l’actualité dans ce que nous appelons ‘Le mag’. Il s’agit là d’évoquer l’actualité en lien avec les sociétés hongroise, polonaise, etc., à travers des reportages beaucoup plus ancrés dans la vie des gens sur des temporalités ordinaires. »

Question obligatoire que tout le monde se pose : pourquoi Hulala ? Cela se prononce mais ne s’écrit pas comme en français avec notamment le ‘hu’ de la Hongrie…

 « Effectivement, le ‘hu’ fait référence à la Hongrie, tandis que ‘Ouh là là » est un peu la phrase française par excellence ; une phrase aussi que les Hongrois peuvent facilement prononcer et qui a été magyarisée dans sa graphie… Et puis, ce qui est pratique, c’est que c’est facile à retenir. »

Dans quelle mesure est-il difficile de faire vivre et perdurer un site comme le vôtre ? Vous traitez pour l’heure encore essentiellement de l’actualité hongroise, or la Hongrie est un petit pays au cœur de l’Europe, comme l’est la République tchèque. Tous ces pays de la région Europe centrale et de l’Est souffrent un peu (beaucoup) d’un manque de reconnaissance et d’intérêt de ceux plus à l’ouest…

 « Même si cela se fait un peu aux dépens des Hongrois, nous avons la ‘chance’ en tant que journalistes d’avoir avec Viktor Orban un Premier ministre tonitruant qui se débrouille très bien pour attirer la lumière sur lui et son pays. Avec les questions migratoires ou tous les débats autour de Schengen, la Hongrie est régulièrement évoquée dans l’actualité. L’autre réalité, c’est aussi celle du groupe de Visegrád (ou V4, qui réunit la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, ndlr), ce sous-ensemble de l’Union européenne comme l’est le Benelux ou le couple franco-allemand. Ce V4 monte en puissance et, dans le contexte du Brexit, a donné de sa voix et s’efforce de peser sur la construction européenne. Du coup, que Hulala s’élargisse à la République tchèque, à la Slovaquie et à la Pologne, est une réponse au fait que, seuls, ces pays ont du mal à attirer l’attention sur leur propre actualité. »

Vous évoquez votre volonté de parler de l’ensemble de la région afin qu’elle soit mieux connue et reconnue, mais quel est l’intérêt que portent entre eux ces pays d’Europe centrale ?

 « Vous pointez là les faiblesses de la rhétorique de Viktor Orban et du PIS polonais (parti Droit et Justice des frères Kaczyński, ndlr) sur le groupe de Visegrád, c’est-à-dire qu’ils sont en train de construire un ensemble de pays qui, jusqu’à présent, avaient plutôt l’habitude de se tirer dans les pattes que de coopérer. Cela se ressent au niveau de l’opinion publique de tous ces pays. Pour ce qui concerne la Hongrie, il existe une forme d’interrogation vis-à-vis des Tchèques. La République tchèque est un pays très peu connu en Hongrie. Les relations historiques se limitent, peut-être, à des formes de regrets par rapport à ce qui s’est passé en 1956 en Hongrie et en 1968 avec le Printemps de Prague. Les uns et les autres s’étaient envoyé des chars pour mater les révoltes. Il y a donc ce passif-là. »

 « Avec la Slovaquie, il y a le passif du royaume de Hongrie, qui est même antérieur à l’Empire austro-hongrois. Par contre, les Hongrois entretiennent avec les Polonais une forme d’amitié mythologisée et surannée sur ce qu’ils appellent l’amitié hungaro-polonaise. Cela s’est matérialisé par les soutiens réciproques des deux pays et des deux partis au pouvoir, notamment en Hongrie lorsqu’il y a eu ces manifestations monstres pour soutenir Viktor Orban. Il y avait alors beaucoup de Polonais présents. »

www.hu-lala.org