Espionnage : l’affaire Huawei connaît une déclinaison tchèque

20-12-2018

Accusé de cyberespionnage dans différents pays dont les Etats-Unis, le géant chinois des télécoms Huawei est également la cible des critiques en République tchèque. En début de semaine, le Bureau national pour la sécurité cybernétique et d'information (NÚKIB) alertait en effet sur un possible risque pour les intérêts nationaux du pays et appelait l’administration et certaines sociétés stratégiques à réagir en conséquence.

Photo: ČTK/AP/Andy WongPhoto: ČTK/AP/Andy Wong L’information était à la une, mardi, du quotidien Hospodářské noviny, qui notait que la Tchéquie est devenu le premier Etat en Europe à reconnaître la menace que représenterait la firme chinoise pour sa sécurité. Outre Huawei, une autre société du secteur des télécommunications, ZTE, est également soupçonnée par les services tchèques d’espionnage au bénéfice de la Chine. Leurs équipements pourraient permettre aux renseignements chinois de collecter des données dans les pays où ces entreprises sont en activité. C’est pourquoi le NÚKIB a invité les organes de l’Etat les plus sensibles à prendre les mesures adéquates, comme l’a expliqué son porte-parole Radek Holý :

« Cela concerne les institutions de l’Etat, les ministères, d’autres organes importants pour le bon fonctionnement de l’Etat, et notamment des entreprises privées. Cela peut être dans le secteur de l’énergie ou dans celui des télécommunications. Toutes ces structures doivent procéder à une nouvelle analyse de sécurité sur la base de nos informations, et en fonction de leurs résultats, elles peuvent continuer ou non à utiliser ces équipements. »

En réaction, plusieurs ministères ont annoncé différentes mesures. Le ministère des Affaires étrangères et celui de l’Industrie et du Commerce ont par exemple fait savoir qu’ils cesseraient d’utiliser les appareils Huawei identifiés comme problématiques. Le Premier ministre Andrej Babiš (ANO) a lui-même pris ses dispositions :

Andrej Babiš, photo: ČTK / Kateřina ŠulováAndrej Babiš, photo: ČTK / Kateřina Šulová « J’ai ordonné qu’on se débarrasse de ces appareils. J’ai réglé le problème pour le bureau du gouvernement. Cependant, nous ne faisons pas de commandes publiques au contraire des différents ministères qui organisent des appels d’offre et qui vont devoir le faire dans les domaines où ces entreprises sont présentées comme des risques à la sécurité. »

Le chef du gouvernement est mécontent de la façon de faire du Bureau national pour la sécurité cybernétique et d'information. Selon lui, l’autorité laisse les organes de l’Etat dans une certaine incertitude sur la question des contrats passés entre les ministères et des services de télécommunications :

« Nous avons donc ici ces recommandations et nous avons aussi une loi sur les commandes publiques. Nous avons beaucoup critiqué le NÚKIB sur le fait qu’il ne nous a même pas transmis d’analyse sur les conséquences possibles en lien avec cette loi sur les commandes publiques. Parce que cela peut avoir des conséquences, et notamment d’ordre économique. »

Le NÚKIB, qui devrait fournir des recommandations plus détaillées dans les prochaines semaines, estime avoir agi dans les règles. Son porte-parole précise que l’avertissement ne vaut pas pour les simples utilisateurs des appareils de Huawei :

« Les utilisateurs lambda, pourvu qu’ils utilisent leur téléphone dans un cadre familial et pour un usage courant, ne devraient avoir aucun problème de sécurité. Il peut y avoir un problème si c’est un usage professionnel pour une entreprise qui reçoit des informations sensibles ou si la personne travaille pour l’Etat et à un poste haut placé. »

L’affaire n’est pas si nouvelle. Le Service de sécurité et de renseignement (BIS) a alerté, il y a peu, sur l’activité des agents chinois sur le territoire tchèque et il était déjà question des problèmes que pouvaient poser des sociétés comme Huawei. Depuis quelques mois, les Etats-Unis, en pleine guerre commerciale avec Pékin, exhorte d’ailleurs leurs alliés à boycotter l’entreprise chinoise. Des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et plus récemment le Japon ont effectivement pris des mesures d’exclusion contre Huawei. Plusieurs pays européens pourraient les « imiter », notait voici dix jours le journal Le Monde, une prévision confirmée en République tchèque.

20-12-2018