Environ 800 militaires tchèques engagés dans des missions à l’étranger

Trois soldats tchèques sont décédés dimanche dans une attaque-suicide revendiquée par les talibans en Afghanistan. Ces hommes, dont les dépouilles mortelles sont rapatriées en Tchéquie ce mercredi, faisaient partie des quelque 800 militaires de l’armée tchèque actuellement engagés dans des missions à l’étranger. Voici un petit tour d’horizon de la présence militaire tchèque hors des frontières du pays…

Des soldats tchèques à la base aérienne de Bagram en Afghanistan, photo: Site officiel de l'Armée tchèqueDes soldats tchèques à la base aérienne de Bagram en Afghanistan, photo: Site officiel de l'Armée tchèque En 2004, pour la première fois de sa jeune histoire, la République tchèque, alors membre de l’OTAN depuis cinq ans, envoyait des soldats en mission à l’étranger. Ils se rendaient en Afghanistan. Quatorze ans plus tard, la paix n’est toujours pas à l’ordre du jour et les Tchèques sont toujours présents sur place, avec près de 250 soldats chargés essentiellement de contribuer à la protection de la base aérienne de Bagram, à l’est de l’Afghanistan, dans le cadre de l’opération Mission Resolue Support de l’organisation atlantiste.

C’est la plus importante mission tchèque à l’étranger en cours et elle est appelée à le rester puisque, au printemps, les parlementaires tchèques ont validé le projet de déploiement de l’armée tchèque pour les années à venir, qui comprend l’envoi de presque 150 hommes supplémentaires vers la république islamique. Début juin, Karla Šlechtová, qui était alors la ministre de la Défense, commentait :

Karla Šlechtová, photo: Jana Deckerová, Site officiel de l'Armée tchèqueKarla Šlechtová, photo: Jana Deckerová, Site officiel de l'Armée tchèque « A l’heure actuelle, nous tablons, dans le courant de l’année 2018, sur le renforcement de nos missions ne Afghanistan, en Irak et au Mali. On nous a demandé, qu’il s’agisse de la direction de l’OTAN et de son secrétaire général Jens Stoltenberg ou bien du secrétaire américain à la Défense, d’augmenter nos troupes, pour améliorer leur qualité, leurs compétences dans la chimie, la logistique ou l’entraînement de pilotes. Cela concerne aussi l’entraînement en Afghanistan pour augmenter le professionnalisme de l’armée nationale afghane. »

L’Irak et le Mali, ce sont les deux autres pays où la Tchéquie est présente de façon relativement conséquente. En Irak, une cinquantaine de militaires tchèques sont chargés de former des pilotes irakiens au maniement des avions L-159, des appareils produits par la firme tchèque Aero Vodochody.

Au Mali, ils sont actuellement un nombre similaire, actifs dans le cadre de missions de l’Union européenne et des Nations-Unies (MINUSMA). Ces soldats s’occupent essentiellement de la formation de l’armée malienne. En juin 2017, la force tchèque s’était illustrée en contribuant à déjouer une attaque visant un complexe hôtelier non loin de Bamako. De retour en Tchéquie quelques mois plus tard, un des Tchèques engagés dans cette intervention racontait :

Des soldats tchèques en mission au Mali, photo: Site officiel de l'Armée tchèqueDes soldats tchèques en mission au Mali, photo: Site officiel de l'Armée tchèque « C’était la première fois que je vivais cela. Les garçons étaient avec moi, j’avais une super équipe pour me soutenir. Je pense que les assaillants étaient des amateurs parce que, aussi bien dans le maniement des armes que dans la tactique, ils n’étaient pas entraînés. Il ne me semble pas que c’était des professionnels. »

Dans un proche avenir, les militaires tchèques présents en Irak et au Mali devraient doubler. L’armée tchèque participe également, de façon plus modeste, à d’autres missions. Quelques-uns de ses membres sont présents en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, dans la région égyptienne du Sinaï, ou bien sur le plateau du Golan, un territoire syrien occupé par Israël.

Pour Prague, l’objectif de ces missions est avant tout de respecter ses engagements auprès de ses partenaires étrangers, et en particulier dans le cadre de l’OTAN. Cependant, elles font aussi débat. Ainsi, le parti communiste conditionnait récemment son soutien à la coalition gouvernementale minoritaire, formée par le mouvement ANO et les sociaux-démocrates, à un engagement moindre dans les missions de l’Alliance atlantique. Vojtěch Filip, le chef des communistes, expliquait en juin dernier :

« La hiérarchie que nous soutenons est claire : d’abord l’ONU, ensuite l’Union européenne et enfin l’OTAN. Nous mettons l’accent sur l’article 1 du traité de Washington, qui garantit que l’OTAN n’agira pas en contradiction avec la charte de l’ONU et avec les résolutions de l’ONU. D’après moi, c’est un document juridique international fondamental. »

Le litige, mis quelque peu sous le tapis puisque le nouveau gouvernement a bien bénéficié du soutien des communistes, porte notamment sur la mission de l’OTAN de protection de l’espace aérien des pays baltes. Pour le parti communiste, il s’agit d’une provocation à l’endroit de la Russie. Prague table pourtant bien sur l’envoi de près de 100 soldats, et au maximum d’environ 290, pour cette mission au second semestre 2019.