En Ukraine, les historiens tchèques pourront bientôt consulter des documents classifiés du KGB

11-02-2020

Les historiens tchèques vont désormais pouvoir consulter librement les archives ukrainiennes : un accord de coopération vient d’être signé entre les deux parties, permettant, à terme, aux chercheurs d’en savoir davantage sur les citoyens tchécoslovaques d’Ukraine, victimes de la répression pendant l’ère soviétique.

Světlana Ptáčníková, photo: Jana Trpišovská, ČRoSvětlana Ptáčníková, photo: Jana Trpišovská, ČRo « L’Ukraine vient d’adopter une nouvelle loi qui permet d’avoir accès à ces archives. Avec la Tchéquie, l’Ukraine est un des pays post-communistes les plus libéraux en la matière. »

Světlana Ptáčníková est la directrice des Archives des services de renseignement tchèques.

« Dans nos archives, tout est accessible à tout un chacun. En Ukraine, il en va de même. Ce n’est pas comme en Allemagne où il y a des restrictions selon le sujet de votre étude, si cela concerne une victime ou l’auteur d’un méfait. Le KGB ukrainien faisait partie intégrante du KGB de l’Union soviétique. Par exemple, si l’exemplaire d’un ordre du KGB à Moscou est strictement confidentiel aujourd’hui, sa copie en Ukraine est, pour sa part, consultable par le grand public. »

Cet accès aux archives ukrainiennes, qui comportent ainsi des documents liés au régime communiste soviétique, est donc d’autant plus important qu’une grande partie des documents des services secrets soviétiques, KGB, NKVD et autres, sont toujours interdits aux familles et aux chercheurs au nom du « secret d'Etat ».

La signature de l’accord de coopération entre les Services d’archives de l’Etat ukrainien et deux institutions tchèques chargées de l’étude de l’histoire récente, photo: Site officiel de l’Ambassade d’UkraineLa signature de l’accord de coopération entre les Services d’archives de l’Etat ukrainien et deux institutions tchèques chargées de l’étude de l’histoire récente, photo: Site officiel de l’Ambassade d’Ukraine Présent lors de la signature de l’accord de coopération entre les Services d’archives de l’Etat ukrainien et deux institutions tchèques chargées de l’étude de l’histoire récente, le ministre des Affaires étrangères Tomáš Petříček, s’est félicité des possibilités de recherche qu’offre ces accès aux archives :

« Nous comptons avant tout sur le fait que les chercheurs tchèques ou ukrainiens aient désormais la possibilité de consulter des documents jusqu’alors inconnus. Cela pourrait éclaircir certaines questions historiques importantes, dévoiler les coulisses de certains épisodes de répression politique dans les deux pays. J’ai eu la possibilité de discuter avec des spécialistes tchèques travaillant à Kiev et dans d’autres villes ukrainiennes où il existe littéralement des dizaines de kilomètres d’étagères remplies de documents. Donc il n’y a pas de crainte à avoir sur l’éventuelle disparition de certaines archives. »

Selon le directeur des Services d’archives de l’Etat ukrainien, Anatoli Khromov le renforcement de la coopération scientifique entre les deux pays est un des objectifs visés, via des échanges et l’organisation de conférences ou de projets bilatéraux :

« J’espère également que nous parviendrons à organiser un projet commun, car dans les archives régionales de l’Ukraine, notamment à l’ouest du pays, il y a une grande quantité de dossiers concernant des citoyens tchécoslovaques qui ont fait jadis l’objet de poursuites judiciaires. Nombre d’entre eux vivent d’ailleurs encore sur le territoire ukrainien. Je sais que côté tchèque, on espère une numérisation de ces documents et la création d’archives numériques des services de renseignement, notamment concernant ces ressortissants tchécoslovaques. J’espère que nous allons réaliser ce projet et que nous pourrons bientôt le présenter au grand public. »

Zdeněk Hazdra, photo: Šárka Ševčíková, ČRoZdeněk Hazdra, photo: Šárka Ševčíková, ČRo Côté tchèque, on attend beaucoup de cet accès à des documents jusqu’alors inaccessibles, comme le relève Zdeněk Hazdra, directeur de l’Institut d’étude des régimes totalitaires. Et ce même si les archivistes eux-mêmes ne savent pas précisément quelles quantités d’informations attendent d’être dépouillées :

« Nous devrions obtenir de nouvelles informations sur notre histoire, via les archives ukrainiennes et via les nôtres également. Cet accord prévoit la numérisation systématique des documents importants pour les recherches menées depuis plusieurs années déjà par l’Institut d’étude des régimes totalitaires. Ces recherches sont consacrées notamment aux Tchécoslovaques qui ont été envoyés au goulag et aux personnes emmenées de force en URSS après 1945, voire qui ont été faits prisonniers sur ce territoire pendant la Deuxième Guerre mondiale. »

L’historien n’exclut d’ailleurs pas de découvrir d’autres informations pouvant éclairer l’histoire récente, notamment sur les événements de 1968 qui ont mené à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie.

11-02-2020