En Tchéquie, un bébé est né d’une femme en état de mort cérébrale depuis 117 jours

03-09-2019

C’est un petit miracle qui s’est produit à l’Hôpital universitaire de Brno : le 15 août dernier, une Tchèque, en état de mort cérébrale depuis 117 jours, a donné naissance à une petite fille en bonne santé, durant la 34e semaine de grossesse.

ČTK/Václav ŠálekČTK/Václav Šálek Elle s’appelle Eliška, et pesait 2,13 kilogrammes pour 42 centimètres au moment de sa naissance, par césarienne, il y a un peu plus de deux semaines de cela. Malgré cette arrivée au monde prématurée, le bébé a pu être pris en charge par son père après seulement deux semaines de soins assurés par le centre hospitalier de Brno. Cette naissance tient du miracle, car la mère du bébé était maintenue en vie de manière artificielle depuis le 21 avril dernier, alors qu’elle n’en était encore qu’à sa 16e semaine de grossesse.

Agée de 27 ans, Eva Votavová souffrait d'une malformation artérioveineuse dans le cerveau, diagnostiquée trois ans plus tôt. Retrouvée inconsciente chez elle au printemps dernier, elle avait été immédiatement prise en charge par les services de secours, comme l’a rappelé Roman Gál, anesthésiste en chef à l'Hôpital universitaire de Brno :

Roman Gál, photo: ČTK/Václav ŠálekRoman Gál, photo: ČTK/Václav Šálek « Les voies respiratoires ont été immédiatement dégagées. Et toutes les mesures ont été prises pour assurer les fonctions vitales de la patiente. Plus tard, les examens du CT-scan ont montré une importante hémorragie du cerveau. Très vite, il a été constaté que la patiente ne pouvait plus respirer seule et elle a donc été déclarée en état de mort cérébrale. »

Les équipes médicales ont ensuite mis tous les moyens en œuvre pour sauver le fœtus et de façon à ce qu'il puisse se développer normalement dans le ventre de sa mère. Les fonctions cardiaques, pulmonaires et rénales ont ainsi été maintenues en état de marche de manière artificielle. Les médecins ont minimisé le risque d’infection grâce à des antibiotiques et assuré également son alimentation. Tout a été fait pour que la grossesse se déroule dans des conditions proches de la normale. Même la marche de la mère a été simulée grâce à un robot. Mais pas seulement, comme le décrit un autre soignant de l’Hôpital universitaire de Brno :

« La famille nous a transmis de la musique que nous faisions écouter au bébé dans le ventre. Plusieurs membres lui ont rendu visite et ont lu des histoires à voix haute. Nous avons aussi utilisé des jouets animés. En fait, nous avons essayé de simuler au mieux ce que ferait une maman avec son bébé : caresser son ventre, parler et chanter avec lui, et même marcher. »

Pavel Ventruba, photo: ČTK/Václav ŠálekPavel Ventruba, photo: ČTK/Václav Šálek La prouesse de cette naissance exceptionnelle, menée dans de bonnes conditions physiologiques en dépit de la situation de coma dépassé de la mère, a également pu être réalisée parce que la patiente était, hormis sa malformation au cerveau, en bonne forme physique. Pavel Ventruba, chef de la clinique de gynécologie-obstétrique :

« La grossesse s’est vraiment très bien déroulée. Nous avions estimé que les choses évolueraient entre les 32e et 34e semaines de grossesse. Nous savions donc qu’il nous fallait nous tenir prêts à opérer à n’importe quel moment. Finalement, nous avons réussi à mener la grossesse jusqu’à la 34e semaine. Le poids, la taille et les fonctions vitales de l’enfant étaient exceptionnellement favorables. Après la naissance, les soins néonataux ont été administrés avec succès et la petite fille a pu être très vite rendue à son père et à sa famille. »

Aujourd’hui, la petite Eliška a donc retrouvé son foyer. Un foyer sans maman puisque le système de maintien artificiel des fonctions vitales a été débranché après la naissance, mais avec un papa, un frère aîné et une tante paternelle qui nourrit le nouveau-né au sein.

03-09-2019