En Tchéquie, l’allaitement exclusif à la naissance tend à baisser

Une étude réalisée dans plusieurs maternités en République tchèque montre que l’allaitement exclusif à la naissance tend à baisser dans le pays, et par ricochet, dans les premières semaines de vie des enfants. Deux organisations tchèques tirent la sonnette d’alarme, s’appuyant sur les données de l’Institut des informations et statistiques médicales. En cause, selon elles, le manque d’information et de soutien du personnel médical dans les maternités.

Photo illustrative: seeseehundhund / Pixabay, CC0Photo illustrative: seeseehundhund / Pixabay, CC0 En quinze ans, le taux de nouveau-nés bénéficiant d’un allaitement exclusif aurait diminué de 10 % en République tchèque pour atteindre les 81 %. Ces chiffres concernent les premières journées de vie des enfants, alors que les mères sont encore prises en charge par la maternité ou l’hôpital où elles ont accouché. Alena Majerčíková, de l’organisation Šestinedělky :

« J’ai réalisé l’an dernier cette étude et je l’ai menée sur un échantillon de 4 000 femmes. Il en ressort qu’en comparaison avec les standards de l’UNICEF et de l’Organisation mondiale de la santé, nos maternités souffrent réellement de certaines insuffisances. Je ne veux pas généraliser évidemment, il y a des maternités où cette question de l’allaitement est mieux gérée, mais aussi d’autres où c’est moins le cas. En résumé, les données concernant le pays en général ne sont pas très optimistes. »

Selon elle, la plupart des mères arrivant en maternité n’ont pas d’a priori négatif sur l’allaitement : la plupart seraient ouvertes à l’idée d’allaiter leur enfant de manière exclusive. Là où le bât blesse, d’après Alena Majerčíková, c’est dans le soutien du personnel médical et dans l’accompagnement des mères dans cette nouvelle étape, parfois difficile. Faute d’aide adéquate et de renseignements, de plus en plus de mères se rabattraient sur les laits artificiels, au moins en partie, après une mauvaise gestion de la lactation et des techniques d’allaitement :

Alena Majerčíková, photo: Site officielle de l'organisation ŠestinedělkyAlena Majerčíková, photo: Site officielle de l'organisation Šestinedělky « Trois problèmes principaux se dégagent de cette étude. D’abord le manque de cohérence et de cohésion au sein du personnel, que ce soit entre les différents services de la maternité ou entre les différentes équipes. Parfois au sein d’une même équipe. Autre problème : l’absence, parfois, d’aide concrète à l’allaitement c’est-à-dire aider la mère en lui proposant différentes positions d’allaitement, en lui indiquant si le bébé tète correctement etc. Seules 22% des femmes ayant participé à l’étude ont déclaré ne pas avoir besoin d’aide. Le troisième problème, c’est la propension à proposer une alimentation alternative au lieu d’aider la mère à allaiter. Bien entendu, c’est parfois nécessaire pour des raisons médicales, mais ça devrait être le dernier recours. »

L’étude montre qu’un bébé sur deux recevrait une alimentation alternative, dont 43% du lait artificiel plutôt qu’un lait maternel issu d’une banque de lait.

C’est à une prise en charge complète et davantage personnalisée à laquelle aspire Alena Majerčíková, mais aussi Milena Dokoupilová, médecin-chef du service de néonatologie de l’hôpital de Hořovice. Mais pour cela, les deux femmes s’accordent à dire qu’une vision globale et une volonté des pouvoirs publics est nécessaire. Milena Dokoupilová:

Photo illustrative: Beeki / Pixabay, CC0Photo illustrative: Beeki / Pixabay, CC0 « Nous savons tous que les enfants pleinement allaités sont moins malades, souffrent mois d’allergies. Cela apporte aussi des avantages économiques aux familles parce qu’acheter du lait maternisé représente aussi un coût. Améliorer l’allaitement devrait donc être une mission au niveau national. »

La médecin-chef ne se veut toutefois pas aussi alarmiste sur la situation de l’allaitement en République tchèque, même si elle reconnaît l’existence de problèmes : par exemple le temps de plus en plus court du séjour des femmes en maternité, après l’accouchement, qui empêche la transmission de certaines connaissances aux mères. Pour elle, outre le rôle de l’Etat, une des solutions réside aussi dans le développement de programmes ciblés pour familiariser le personnel médical et les jeunes accouchées :

« Je ne pense pas que l’allaitement soit dans un état aussi catastrophique que le montre cet échantillon. Mais c’est vrai qu’il existe des problèmes. C’est la raison pour laquelle, avec une collègue, nous avons lancé un projet de soutien à l’allaitement. A l’heure actuelle, nous nous rendons dans tous les centres périnataux afin d’améliorer les connaissances sur l’allaitement. Nous espérons pouvoir continuer à l’avenir. »