Diplomatie tchèque: y a-t-il un ministre dans l'avion?

Un peu plus de deux mois après la nomination du deuxième gouvernement formé par Andrej Babiš, la diplomatie tchèque continue d’être dirigée « provisoirement » par le leader du parti social-démocrate (ČSSD), Jan Hamáček, qui remplit également les fonctions de ministre de l’Intérieur. La nomination de Miroslav Poche, candidat du ČSSD, d’abord refusée par le président de la République, Miloš Zeman, continue d’être rejetée par le Premier ministre, comme celui-ci l’a encore confirmé tout récemment.

Jan Hamáček, photo: Michal Kamaryt/ČTKJan Hamáček, photo: Michal Kamaryt/ČTK C’est un des paradoxes du gouvernement actuel : la République tchèque, si l’on s’en tient aux discours tenus par Andrej Babiš et Jan Hamáček devant les ambassadeurs tchèques réunis à Prague la semaine dernière, entend faire entendre davantage sa voix sur la scène européenne. Pour l’heure, il s’agit toutefois essentiellement de la voix de son Premier ministre. Celui-ci était en Italie la semaine dernière pour y rencontrer son homologue Giuseppe Conte au sujet des migrations (cf. https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/a-rome-andrej-babis-reitere-son-zero-migrant-) et il se rendra ce mercredi en Allemagne, où il sera reçu par Angela Merkel.

De son côté, Jan Hamáček se fait, lui, plus discret. Il continue toutefois d’affirmer que Miroslav Poche reste le seul candidat envisageable pour la social-démocratie, qui est le partenaire du mouvement ANO d’Andrej Babiš au sein de la coalition gouvernementale soutenue également par le parti communiste. Un candidat que refuse catégoriquement le chef du gouvernement. Sur la chaîne de télévision Prima dimanche, Andrej Babiš a expliqué pourquoi il ne voulait pas d’un Miroslav Poche, qui se contente pour l’heure des fonctions de conseiller politique au ministère des Affaires étrangères :

Andrej Babiš, photo: Archives du Gouvernement tchèqueAndrej Babiš, photo: Archives du Gouvernement tchèque « Je pense que l’action de monsieur Poche au ministère est très négative. Une chose est sure : il ne sera pas ministre des Affaires étrangères. De toute façon, il est député européen, il n’a donc rien à faire au ministère. Les informations que je reçois ne sont pas positives. On l’entend parfois s’exprimer comme s’il était le ministre, ce qui est tout à fait inacceptable. »

Concrètement, Andrej Babiš reproche à Miroslav Poche d’avoir des opinions différentes de celles du gouvernement sur différents dossiers en matière de politique extérieure, entre autres sur celui des migrations mais aussi sur l’orientation plus générale de la diplomatie tchèque. Miroslav Poche, qui voit d’un mauvais œil la participation tacite des communistes aux affaires gouvernementales, rejette toutefois toutes les critiques le visant formulées par Andrej Babiš :

« C’est au ministre auquel a été confiée la direction des affaires étrangères qu’il appartient de dire si mon action au ministère est positive ou négative. Moi non plus je n’ai pas été enthousiasmé par le discours prononcé par monsieur Babiš devant les ambassadeurs. Nous ne serons sans doute jamais d’accord avec monsieur le Premier ministre sur ce point et c’est la source du problème. Ceci dit, je ne l’ai jamais entendu me faire part personnellement du moindre reproche. »

Miroslav Poche, photo: Michal Kamaryt/ČTKMiroslav Poche, photo: Michal Kamaryt/ČTK Miroslav Poche reproche également à Andrej Babiš de ne pas respecter les accords passés avec le ČSSD lors des négociations au printemps pour la formation du gouvernement :

« Monsieur le président de la République, à partir du moment où j’étais le candidat désigné pour occuper les fonctions de ministre, viole la Constitution, et cela ne dérange aucunement monsieur Babiš. Si celui-ci pense ou suppose que la social-démocratie finira par céder à sa pression ou à celle des communistes et par proposer un autre candidat, il se trompe sur toute la ligne. Et s’il n’accepte pas le ministre des Affaires étrangères proposé par la social-démocratie, alors il s’agira d’une violation de l’accord de coalition entre nos deux partis. »

En attendant une solution, Jan Hamáček, qui apparaît tiraillé entre les deux parties, a fait savoir qu’il entendait résoudre ce conflit après les élections municipales et sénatoriales qui se tiendront en octobre prochain. D’ici-là, la diplomatie tchèque continuera donc d’être dirigée par un ministre qui n’en est pas tout à fait un.