Deuxième chance pour Andrej Babiš de former un gouvernement viable

C’est le constat fait par l’ensemble des principaux médias nationaux : le lien étroit qui existe entre le président de la République, Miloš Zeman, et le Premier ministre et chef du mouvement ANO, Andrej Babiš, s’est encore resserré mercredi, trois jours avant le dénouement de l’élection présidentielle. Candidat à sa propre succession, soutenu par ANO, le président sortant a d’abord accepté la démission du gouvernement Babiš qui n’a pas obtenu la confiance des députés. Miloš Zeman a aussitôt déclaré que même s’il n’était pas réélu samedi, il nommerait de nouveau Andrej Babiš Premier ministre en février prochain.

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK Composé de quatorze ministres issus essentiellement des rangs du mouvement ANO, net vainqueur des élections législatives en octobre dernier, le gouvernement minoritaire composé par Andrej Babiš est le cinquième cabinet dans l’histoire de la République tchèque qui a échoué à obtenir la confiance de la Chambre des députés. C'est précisément la situation d'Andrej Babiš, privé récemment de son immunité parlementaire et mis en cause dans l'affaire dite du Nid de cigognes, une affaire de détournement présumé de subventions européennes, qui constitue le principal obstacle à la formation d’un gouvernement stable et viable.

Le parti social-démocrate ČSSD, le Parti civique démocrate ODS, ainsi que les chrétiens-démocrates du KDU-ČSL, qui tous font figure de partenaires potentiels du mouvement ANO pour former une coalition gouvernementale, continuent à refuser de participer à un gouvernement dirigé par une personne poursuivie en justice. Petr Fiala, leader de l’ODS, explique :

« Les raisons pour lesquelles nous refusons de négocier avec le mouvement ANO sur notre participation au gouvernement sont les mêmes depuis le début. »

L’éventualité d’un gouvernement sans Andrej Babiš, jusqu’à présent inacceptable pour le mouvement ANO, est également en jeu. On écoute le chef des chrétiens-démocrates Pavel Bělobrádek :

« Nous restons dans les rangs de l’opposition. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas prêts à négocier. Il peut y avoir aussi une évolution du côté d’ANO, mais pour l’instant, c’est assez peu probable. »

Autre possibilité envisagée : un nouveau gouvernement minoritaire soutenu par le parti communiste KSČM et le parti d’extrême-droite SPD. Les négociations entre ces deux formations et le mouvement ANO sont déjà en cours : des équipes de négociateurs ont été chargées de trouver des points communs dans les programmes des trois partis. Le leader du SPD Tomio Okamura a par ailleurs déclaré :

« Nous préférerions que les négociations se concentrent sur la formation d’un gouvernement d’experts. Chaque parti, et même le Château de Prague, pourrait choisir ses propres experts qui constitueraient le futur gouvernement. Nous ne voulons pas d’un gouvernement formé d’opportunistes qui se servent de la politique pour leurs propres intérêts. »

Pour le politologue Lukáš Macek, un gouvernement ANO toléré par les communistes et l’extrême-droite serait un des pires scénarios possibles et contribuerait à diviser la société tchèque :

Andrej Babiš et Miloš Zeman, photo: ČTKAndrej Babiš et Miloš Zeman, photo: ČTK « Lorsque le chef d’un parti politique représenté au Parlement déclare que les ministres devraient être apolitiques, cela ne fait que compléter l’image absolument désastreuse de la scène politique tchèque depuis la révolution de velours. Les partis politiques n’ont pas été capables d’élever, de former des personnalités issues de la nouvelle génération. Idem pour l’élection présidentielle : les partis politiques ont été incapables de présenter leurs propres candidats. Au niveau des personnalités convaincantes, le paysage politique tchèque ressemble à un désert. »

Peu soucieux de la crédibilité d’Andrej Babiš, empêtré dans l’affaire du Nid de cigogne, le président Miloš Zeman a donc donné au chef du mouvement ANO une seconde chance de composer un gouvernement, en précisant qu’il n’exigera pas pour celui-ci la preuve d’un soutien d’une majorité de députés. En cas de victoire de Jiří Drahoš au second tour de l’élection présidentielle, les choses seront un peu plus compliquées pour Andrej Babiš et son parti.