Des tensions aux abords du plus grand marché vietnamien de Prague

06-04-2010

La situation devient tendue à proximité du grand marché vietnamien SAPA, dans le quartier praguois de Libuš. Dans une lettre adressée au ministère de l’Intérieur, le maire de Libuš, Petr Mráz, indique que la criminalité croissante autour du marché pourrait amener des résidents à la formation de patrouilles pour surveiller le quartier.

Pavla JedličkováPavla Jedličková En raison de la crise, beaucoup de Vietnamiens ont perdu leur travail et mis le cap sur SAPA, qui est le centre de la communauté vietnamienne, un « Etat dans l’Etat, avec ses propres règles », estime Pavla Jedličková, une des adjointes du maire et présidente de la commission pour la coexistence multiculturelle à Prague-Libuš. Selon elle, la situation devient intenable et pousse les résidents locaux à prendre en main le contrôle de la situation:

« Il existe des signes de ce que des patrouilles se forment. Le dernier cas est celui d’un immeuble de la rue Na Domovině habité par un grand nombre de Vietnamiens, mais vers lequel se réfugient aussi beaucoup de leurs compatriotes qui n’ont leur résidence officielle ici. La situation devient dramatique, ces personnes souillent les couloirs, prennent des drogues et troublent l’ordre et le calme. »

Le marché vietnamien SAPA, photo: CTKLe marché vietnamien SAPA, photo: CTK Selon les statistiques officielles de la police pourtant, la criminalité n’a pas augmenté de façon flagrante dans le quartier de Libuš. Pavla Jedličková l’explique par le fait que les résidents n’appellent pas la police mais s’adressent à leurs conseillers municipaux. Le directeur du grand marché vietnamien autour duquel les tensions montent, Tran Quang Hung, refuse catégoriquement le fait que le marché SAPA soit la cause des problèmes de la criminalité croissante :

Le marché vietnamien SAPA, photo: CTKLe marché vietnamien SAPA, photo: CTK « A mon avis, cela ne concerne pas le marché SAPA, car tous ceux qui y travaillent sont des entrepreneurs, et la criminalité n’y augmente pas. En ce qui concerne les Vietnamiens qui habitent à proximité, je ne comprends pas pourquoi un lien est fait entre eux et SAPA, cela ne nous concerne pas, le problème de ces gens dont vous parlez. »

Le marché vietnamien SAPA, photo: CTKLe marché vietnamien SAPA, photo: CTK Pavla Jedličková confirme une collaboration étroite entre les conseillers de Libuš et le grand marché SAPA, pourtant la coexistence est loin d’être idéale, ce qui est dû selon elle à une concentration très importante d’une communauté étrangère sur le territoire d’un seul quartier municipal relativement petit. A ses dires, Libuš fait face à la création d’un ghetto qui dépasse le simple cadre de ce quartier et devient une question de sécurité de l’Etat tchèque. Après le vaste incendie qui a dévasté en novembre 2008 une partie du marché SAPA, la commission de sécurité de l’Etat a créé un groupe de coordination qui s’est réuni trois fois, depuis, sans prendre de décisions concrètes.

Le grand marché SAPA, surnommé la petite Hanoï, s’étend sur une superficie de 35 hectares et d’autres terrains aux alentours ont été rachetés par des membres de la communauté vietnamienne qui pensent y élargir leurs activités. 10% du fonds de logements du quartier de Libuš serait habité par la communauté vietnamienne qui représente presque un tiers des près de 10 000 habitants de ce quartier.

06-04-2010