David Lescot : raconter l'échec d'une utopie, mais la construction d'un individu

13-04-2010

Dans le cadre de la semaine du théâtre français à Prague, l’Institut français de Prague proposera une soirée cabaret, ce mercredi : David Lescot y présentera La Commission centrale de l’Enfance, spectacle pour lequel il a obtenu le Molière 2009 de la révélation théâtrale. Rencontre.

David LescotDavid Lescot « La Commission centrale de l’enfance, c’était une organisation fondée après la guerre pour les enfants juifs des déportés, orphelins. Elle était liée au PCF. Elle a existé jusqu’à la chute du mur de Berlin. Je l’ai connue, j’y suis allé dans la dernière période, au début des années 1980. J’ai voulu raconter cette histoire très singulière, française, mais qui dépasse cela, car des partis communistes, il y en avait partout. J’ai voulu raconter ça de mon point de vue à moi qui était mon point de vue d’enfant, d’adolescent, et faire un va-et-vient entre mon histoire et la ‘grande histoire’, même si elle nous est parvenue de manière fragmentaire, obscure, confuse. C’est ce regard-là que raconte le spectacle. »

C’est un point de vue nostalgique ?

 « Non, ce n’est pas un point de vue nostalgique, c’est plutôt un point de vue mélancolique certainement, mais avec de l’humour, de la distance. C’est à la fois très dur, car c’est l’histoire d’un échec, l’échec d’une utopie et puis plus que cela. Mais ça raconte aussi la construction d’un individu. Les idées qui ont périclité sur le plan collectif ont aussi permis à des individus de se construire. Donc tout n’est pas perdu. La curiosité de ce spectacle, c’est que je m’accompagne d’une guitare électrique des années 1960... »

... une guitare tchécoslovaque !

 « Voilà, une guitare tchécoslovaque. »

Comment cela se fait-il ?

 « C’est tout aussi curieux que ces organisations qui perdurent par-delà les époques et les décennies. Vous avez une guitare construite à Prague en 1964, en Tchécoslovaquie, qui m’est parvenue, et voilà, je la rapporte, ici, à Prague, aujourd’hui. Je suis très content. »

Dans un extrait de votre spectacle, vous chantez une chanson pionnière très optimiste... Quand vous étiez à cette Commission centrale de l’enfance en tant que jeune, étiez-vous dupe de ces chants optimistes, mais peut-être creux aussi, notamment pour d’autres par exemple, qui ont une autre expérience du communisme, comme les Tchèques ?

 « Ce n’est pas pareil. Pour nous, ce n’était pas aussi tragique qu’ici d’être communiste en France. C’était un choix. Ici, ça ne l’était pas. Il y a une différence. Nous, on n’en a pas souffert. Exhumer ces chanson-là, ça a une tonalité - c’est vrai - un peu pathétique, mais pas aussi douloureuse qu’ici. Mais je veux voir comment ça réagit justement. C'est ce qui m’intéresse. Je l’ai joué en Russsie, ce spectacle... »

Quelles ont été les réactions ?

 « Très amusées. Parmi les jeunes, ça les a fait rire, parce qu’ils ont encore connu les camps de vacances communistes. L’acteur qui jouait le spectacle m’a offert son foulard rouge de pionnier d’élite. Maintenant, j’en ai un. J’en parle dans le spectacle. Ca les a amusés. Ils m’ont juste dit : ‘à un moment donné, tu dis le mot communiste vingt fois en deux minutes, c’est un peu saoûlant, quand même’. »

On retrouvera un extrait d’un autre spectacle de David Lescot, ‘L’Européenne’, jeudi, au théâtre Disk, dans le cadre d’une soirée consacrée à six auteurs francophones. Plus de détails sur ce spectacle dans les Faits et Evénements de mercredi.

13-04-2010