Conflit d’intérêts : Andrej Babiš mis en cause par les eurodéputés

Les eurodéputés ont adopté jeudi à Strasbourg à une large majorité une résolution appelant la Commission européenne à faire la lumière sur la possible situation de conflit d’intérêts du Premier ministre tchèque Andrej Babiš. Le texte demande aussi la suspension du versement de subventions européennes à son ancien groupe Agrofert. « Tout cela n’est que du vent », estime pour sa part le milliardaire.

Andrej Babiš, photo: ČTK/Dospiva JakubAndrej Babiš, photo: ČTK/Dospiva Jakub Le réquisitoire de Günther Oettinger, le Commissaire européen en charge du budget, sur le problème de conflits d’intérêts lié au groupe Agrofert, un géant de l’agroalimentaire et de l’industrie chimique, ancienne propriété de M. Babiš mais que celui-ci contrôlerait toujours indirectement, n’a pas été salué par sa clarté, même par les locuteurs de l’allemand. Après ce discours et le débat entre députés européens, le Parlement a tout de même voté en faveur de la proposition de résolution la plus stricte, parmi quatre possibles, pour faire la lumière sur la situation du Premier ministre tchèque.

La discussion a été mise à l’ordre du jour de l’assemblée par des parlementaires verts, chrétiens-démocrates et conservateurs, après la publication des conclusions d’une note confidentielle du service juridique de la Commission européenne pointant du doigt les liens entre Andrej Babiš et son groupe Agrofert. En accord avec une loi tchèque sur les conflits d’intérêt voté début 2017, le leader du mouvement ANO avait transféré la propriété de son entreprise entre les mains d’un fonds fiduciaire. Pourtant, il serait toujours le premier bénéficiaire des activités d’un groupe qui touche des subventions tant de l’Etat que de l’Union européenne. Comme à chaque fois lorsqu’il est mis en cause, Andrej Babiš parle d’un coup monté, fomenté pour l’occasion contre lui par les eurodéputés tchèques :

« Ils tapent publiquement sur le Premier ministre tchèque. Ils abîment la réputation de la République tchèque. Evidemment, tout cela n’est que du vent puisque cela ne repose sur rien. »

Alena Schillerová, photo: Filip Jandourek, ČRoAlena Schillerová, photo: Filip Jandourek, ČRo La résolution du Parlement européen n’engage par la Commission européenne. Mais Bruxelles entend tout de même lancer un audit à partir du début de l’année prochaine pour tirer les choses au clair et, si l’on a bien compris les propos de l’eurocommissaire Günther Oettinger, aucune dotation européenne ne devrait être versée à Agrofert d’ici les résultats de ce contrôle.

Le groupe tchèque, qui dit respecter toutes les règles pour l’attribution des subventions, est le principal bénéficiaire des aides européennes en Tchéquie dans le domaine de l’agriculture. Alena Schillerová, la ministre des Finances et membre du mouvement ANO, dit vouloir pleinement coopérer avec la Commission européenne :

« Le ministère des Finances a déjà pris en compte cette résolution la semaine passée et a adapté son comportement en conséquence. Nous avons cessé de certifier les versements à la holding Agrofert, des versements qu’elle réclame. »

Ivan Bartoš, photo: Jana Přinosilová, ČRoIvan Bartoš, photo: Jana Přinosilová, ČRo Dans l’opposition à M. Babiš, qui a échoué à faire adopter une motion de censure contre son gouvernement à la mi-novembre, on salue le vote des parlementaires européens. A l’imagine du président du parti des Pirates, Ivan Bartoš :

« Ce sur quoi nous attirions l’attention a été confirmé, le fait que la République tchèque ne respecte pas les règles financières de l’Union européenne. Et celui qui nous a menés dans cette situation est malheureusement le Premier ministre Babiš. »

David Ondráčka est le directeur de la branche tchèque de l’organisation Transparency International, celle-là même qui a saisi la Commission européenne cet été sur le possible cas de conflit d’intérêts. Pour lui, il n’y a pas pléthore de solutions pour y mettre fin :

David Ondráčka, photo: Karolína Koubová, ČRoDavid Ondráčka, photo: Karolína Koubová, ČRo « Vraiment, je pense qu’il n’y a que deux possibilités. Soit il faut vendre Agrofert, s’en débarrasser et le céder à quelqu’un sur lequel M. Babiš n’a pas d’influence directe. Ou bien, c’est la deuxième solution, il faut cesser complètement de recevoir des subventions européennes. Il pourrait aussi se retirer de la politique. Il y a donc en fait trois possibilités. »

Le gouvernement tchèque doit se pencher lundi sur le sujet. Ces accusations de conflit d’intérêts au niveau européen apparaissent comme une nouvelle épine dans le pied du Premier ministre Andrej Babiš, qui passe une fin d’année difficile. Il est en effet toujours poursuivi par la justice dans l’affaire dite du nid de cigognes, qui implique également le groupe Agrofert et des subventions européennes, et il vient d’être débouté de son procès face une institution slovaque qui l’accuse d’être un ancien collaborateur de la police secrète communiste StB…