Ces médicaments qui rendent les Tchèques dépendants

30-04-2018

Si quelque 900 000 Tchèques souffriraient de dépendance médicamenteuse, selon les données publiées par le Bureau du coordinateur national anti-drogue, ils ne sont que 2 000 à subir un traitement afin de sortir de cette addiction encore assez méconnue, peu médiatisée et qui inspire souvent une honte chez les personnes dépendantes. Pourtant, elle présente des risques considérables pour l’organisme.

Photo illustrative: Filip Jandourek, ČRoPhoto illustrative: Filip Jandourek, ČRo Insomnie, anxiété, douleur persistante, problème psychique : autant de troubles et phénomènes qui sont, le plus fréquemment, à l’origine de la consommation excessive, continue et incontrôlable des médicaments.

Médecin addictologue à la clinique de Prague-Braník, Monika Plocová décrit les débuts de cette forme de dépendance :

« Le médecin vous prescrit un demi-cachet d’un médicament par jour. Cette dose vous soulage immédiatement, car c’est le principe des médicaments à effet addictif. Mais avec le temps, le soulagement devient moins intense. C’est-à-dire qu’au moment où vous ne recherchez pas la cause de vos problèmes, vous avez obligatoirement tendance à multiplier les doses pour prolonger cet état d’euphorie ou d’apaisement provoqué par les médicaments. »

Somnifères, anxiolytiques et antalgiques sont les médicaments les plus concernés. Selon le rapport sur la consommation des drogues, au cours de l’année 2016, environ un Tchèque sur cinq a eu recours à un médicament psychoactif, tandis qu’une personne sur huit âgée de 15 à 64 ans s’est procurée ces médicaments sans ordonnance ou les a consommés sans suivre les indications du médecin.

Les médecins tchèques mettent en garde notamment contre la consommation excessive des somnifères de dernière génération, à savoir les Z-drugs, nom générique de molécules commençant par un Z (Zolpidem, Zopiclone...) et mises sur le marché dans les années 1980 en tant que médicaments « sans risques ». Toutefois, ces somnifères induisent, eux-aussi, une dépendance. Le constat fait par Vladimír Kmoch de la clinique d’addictologie de l’Hôpital universitaire de Prague, est pour le moins inquiétant : « Nous enregistrons des cas de patients qui consomment plus de 200 comprimés de Z-drugs par jour ».

Pour sa part, le médecin Monika Plocová recommande à tous ceux qui prennent plus de cinq comprimés par jour une cure de désintoxication et, évidemment, un traitement psychologique.

Jindřich Vobořil, photo: ČT24Jindřich Vobořil, photo: ČT24 Coordinateur national anti-drogue, Jindřich Vobořil entend s’attaquer à la dépendance médicamenteuse dans le cadre de la nouvelle stratégie nationale de lutte contre les addictions prévue pour les neuf prochaines années :

« Nous allons faire pression pour que le gouvernement consacre des moyens financiers à cet effet. Il faut encourager la création de structures d’aide aux patients, car elles n’existent pratiquement pas. De même, il est nécessaire de lancer une campagne de prévention ciblée sur les médecins qui prescrivent ces médicaments. Mais le plus important, c’est de s’intéresser aux personnes dépendantes, de savoir exactement quels sont leurs problèmes et leur fournir une assistance, leur dire enfin à qui ils peuvent s’adresser. »

Une stratégie saluée par les médecins addictologues qui se plaignent notamment du fait que leurs collègues généralistes sont souvent très peu conscients du risque lié à l’usage des médicaments psychoactifs.

30-04-2018