« Ce qui est pris n’est plus à prendre »: une exposition à ciel ouvert sur la corruption en République tchèque

02-06-2011

Une exposition assez originale sur une des places principales de Prague: vingt panneaux avec photos, illustrations et textes pour vingt des plus grosses affaires de corruption de ces dernières années en République tchèque. Des affaires qui touchent tous les domaines et tous les partis politiques.

A quelques mètres de la station de tramway Náměstí Republiky, « La corruption à la tchèque ou ce qui est pris n’est plus à prendre » : c’est ainsi que pourrait être traduit le titre de cette exposition à ciel ouvert sur la corruption en République tchèque. Une exposition initiée par l’institut Respekt, une association liée à l’hebdomadaire du même nom qui possède une bonne réputation dans le domaine du journalisme d’investigation.

Magdalena Francová est la responsable du projet :

« L’institut Respekt a organisé cette exposition dans le but de documenter les principales affaires de corruption dans le pays depuis la révolution de velours de 1989. Nous montrons les traits caractéristiques de la corruption locale. Le déroulement de ces affaires est décrit ainsi que le parcours des principales personnes mises en cause et ce qu’elles font aujourd’hui. »

Il y a du beau monde parmi les politiciens touchés par ces affaires de corruption. Plusieurs anciens premiers ministres, dont Vaclav Klaus, aujourd’hui président de la République, obligé de démissionner en 1997 à cause de soupçons de financement occulte de son parti, le Parti civique démocrate (ODS), aujourd’hui principale formation d’une coalition gouvernementale qui a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités.

A gauche comme à droite, ils sont nombreux à trainer quelques belles casseroles, collectionnées pendant les années de transition vers l’économie de marché. Le journaliste d’investigation Jaroslav Spurný a participé au choix des affaires sélectionnées pour cette exposition :

« Il y a quatre anciens présidents de parti, quatre anciens chefs de gouvernement pour être précis. On aurait pu mettre beaucoup plus d’affaires dans cette exposition… Mais c’est assez révélateur et cela ne surprend plus vraiment en République tchèque : la corruption n’est réellement pas un phénomène marginal, elle est tellement liée au pouvoir qu’elle touche même les chefs de gouvernement. »

Ivana est retraitée. Elle est venue exprès sur la place de la République pour voir cette exposition originale :

« Je trouve que c’est une très bonne idée. Montrer ce que tout le monde sait, mais avec des tableaux et des photos pour que ce soit plus intéressant. »

Lenka est enseignante, elle secoue la tête en parcourant la vingtaine de panneaux :

« C’est effrayant, c’est effrayant… Aucune raison d’être satisfait de ce qui se passe sur la scène politique. Et encore, il n’y a que quelques affaires ici, on n’aurait pas pu toutes les montrer, ça prendrait trop de places. Mais ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul parti politique montré du doigt : cela n’aurait pas été crédible. »

« Les gars en haut de l’échelle ont bien fait les choses, dit ce visiteur en rigolant, ils ont fait passer des lois qui leur ont permis de tout emballer. »

La directrice du projet pour l’institut Respekt, Magdalena Francová, indique que, en général, les réactions sont positives, même si les gens sont agacés par les pratiques dénoncées sur ces vingt panneaux:

« Cela a été assez difficile de sélectionner ces affaires parmi tant d’autres. Avec le journaliste Jaroslav Spurný nous avons essayé d’avoir une image des vingt dernières années, avec plusieurs types de corruption. Donc il y a des exemples de financement occulte de parti politique, une affaire de trafic de diplômes et de titres dans une université ou encore des problèmes dans des appels d’offres publics, notamment dans le domaine militaire, ce qui est très problématique en République tchèque. »

Au classement mondial sur la corruption établi par l’ONG Transparency international, la République tchèque arrivait en 2010 en 53e position, entre la Jordanie et l’Afrique du Sud.

L’actuel gouvernement tchèque a été élu sur un programme de lutte contre la corruption, sans grand succès pour l’instant. Pour Jaroslav Spurný, cela va peut-être pousser les Tchèques à réagir :

« C’est mauvais, mais en même temps cela peut inspirer les citoyens. Parce que s’ils ont élu un gouvernement en pensant qu’il allait résoudre leurs problèmes à leur place, aujourd’hui ils voient que, même avec quelques ministres crédibles, cela ne marche pas. Donc ils voient que s’ils ne prennent pas eux-mêmes les choses en main avec des initiatives civiques, rien ne bougera. Cela va se faire, je suis optimiste. »

Après Prague, cette exposition itinérante sera installée sur les places des principales villes du pays.

02-06-2011