Brexit : les priorités tchèques font l’unanimité

Les droits des ressortissants tchèques, les relations économiques et l’alliance dans les domaines militaire et sécuritaire : telles seront les priorités de la République tchèque lors des négociations qui seront menées avec le Royaume-Uni relatives à la sortie de celui-ci de l’Union européenne. Ce mercredi à Prague, les leaders des sept partis siégeant à la Chambre des députés étaient réunis à l’invitation du Premier ministre Bohuslav Sobotka pour définir la position tchèque.

Photo: frankieleon, CC BY 2.0Photo: frankieleon, CC BY 2.0 Ce n’est pas tous les jours que l’on voit (presque) rire le Premier ministre tchèque. Surtout lorsque celui-ci, pas spécialement réputé pour sa jovialité ou son sens de la répartie, s’adresse aux médias. C’est pourtant ce qui s’est produit (ou a failli se produire) mercredi matin. C’est en effet le sourire aux lèvres que Bohuslav Sobotka a annoncé que « pour la première fois peut-être de ces quinze dernières années à la Chambre des députés, nous sommes les témoins d’un moment unique d’accord à l’unisson ». Et cela est effectivement suffisamment rare sur la scène politique tchèque pour être souligné : les leaders de tous les partis représentés à la Chambre des députés sont parvenus à un terrain d’entente sur un dossier. Question sans doute d’intérêt national, car, à Prague, les conditions du Brexit sont considérées comme une priorité en matière d’affaires européennes.

« L’objectif sera de trouver une position concordante sur l’échiquier politique, car le gouvernement défendra les droits des citoyens tchèques et les intérêts des entreprises tchèques », avait annoncé Bohuslav Sobotka en janvier dernier, lorsqu’il avait convoqué la réunion, répondant ainsi au souhait émis par les partis de droite ODS et TOP 09, deux des principales formations de l’opposition. Toutefois, comme n’omet pas non plus de le préciser le chef de la coalition gouvernementale, l’objectif des négociations qui seront menées entre Bruxelles et Londres sera avant tout de parvenir à établir des relations futures équilibrées et avantageuses tant pour l’UE que pour le Royaume-Uni :

Bohuslav Sobotka, photo: ČTKBohuslav Sobotka, photo: ČTK « Du point de vue de la République tchèque, la priorité de ces négociations avec la Grande-Bretagne sera d’abord de maintenir l’accès actuel au marché britannique des biens et services, mais aussi de conserver les droits qui sont ceux des citoyens tchèques en Grande-Bretagne et bien entendu de trouver une solution aux questions d’ordre budgétaire. »

Il y a un mois de cela, le ministre de l’Intérieur avait déclaré que la République tchèque devrait commencer à négocier indépendamment et directement avec le Royaume-Uni des conditions du Brexit et ne pas attendre de voir ce que fera l’UE en la matière en raison de la lenteur de celle-ci. Milan Chovanec avait alors justifié ses propos en estimant que Londres, au-delà de sa volonté de quitter le marché unique européen, devait prendre conscience que de nombreux ressortissants européens travaillent sur le territoire britannique, et que ceux-ci ont le droit de savoir le plus rapidement possible quelles seront les nouvelles règles de fonctionnement lorsque le Royaume-Uni aura quitté l’UE. Sa vision des choses avait fait l’objet de vives critiques, notamment de la part des eurodéputés tchèques. Et ce mercredi, Ondřej Benešík, le président chrétien-démocrate de la commission en charge des affaires européennes, a confirmé que la République tchèque se devait de penser à l’intérêt commun :

« La bonne approche consiste d’abord à définir nos propres priorités afin de pouvoir mieux faire valoir celles-ci dans le cadre des Vingt-sept. Nous ne pouvons de toute façon pas procéder autrement. Négocier directement avec le Royaume-Uni, comme cela a été évoqué ici ou là, est inimaginable et impossible. C’est pourquoi définir ne serait-ce que de façon générale ce qui nous tient à cœur est déjà une bonne chose. »

En décembre dernier, lors de la visite à Prague de Michel Barnier, le négociateur en chef chargé de préparer le divorce entre l'UE et le Royaume-Uni, Bohuslav Sobotka avait confirmé à ce dernier que la République tchèque et la Commission européenne étaient sur la même longueur d’ondes et partageaient les mêmes priorités (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/brexit-la-republique-tcheque-pour-la-fermete-dans-les-negociations-avec-londres). Pour Prague, l’essentiel est que les avantages qui sont ceux actuellement du marché unique ne disparaissent pas. Mais pour cela, pas question encore une fois de faire cavalier seul selon Ondřej Benešík :

Ondřej Benešík, photo: PSP ČROndřej Benešík, photo: PSP ČR « Notre force repose dans le fait que nous devons négocier en formant un bloc uni avec les vingt-six autres Etats membres de façon à trouver le meilleur accord possible avec le Royaume-Uni. La République tchèque et la Pologne ne sont pas les seuls pays européens à avoir de nombreux ressortissants à vivre au Royaume-Uni. Tous les autres Etats membres ont aussi leurs propres intérêts à défendre et il convient d’en tenir compte. »

Quelle que soit l’issue des prochaines négociations relatives au Brexit, la République tchèque entend bien continuer à entretenir des relations aussi étroites que possible avec le Royaume-Uni. C’est là même une nécessité selon Miroslav Kalousek, le président du parti libéral TOP 09, qui a rappelé que le Royaume-Uni était le troisième marché le plus important pour les exportations tchèques après l’Allemagne et la Slovaquie, et que son armée était celle en Europe dont la capacité d’action était la plus grande dans le cadre de l’Alliance atlantique.