Brève chronologie de l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968

Les réformes qui avaient lieu en Tchécoslovaquie lors du Printemps de Prague ne plaisaient aucunement à l’Union soviétique et aux autres pays membres du Pacte de Varsovie. Moscou était bien décidé à régler le problème même par la voie des armes. Voyons donc ce qui a précédé cette tragique nuit du 20 au 21 août 1968.

Plusieurs mois avant déjà, le 8 avril 1968, le maréchal de l’armée soviétique, Alexander Gretchko, a ordonné le commencement de l’opération « Danube », une préparation à l’intervention armée contre la Tchécoslovaquie.

Une autre répétition de l’invasion a eu lieu du 20 au 30 juin 1968 avec l’organisation de grandes manœuvres des troupes du Pacte de Varsovie sur le territoire tchécoslovaque. La région de la Šumava, dans le sud-ouest de la Bohême, près de la frontière avec l’Allemagne, a été le théâtre des opérations de 30 000 soldats. La pression de Moscou sur la direction tchécoslovaque d’Alexander Dubček a encore augmenté au cours du mois de juillet.

Le 15 juillet, cinq pays du Pacte de Varsovie, réunis justement dans la capitale polonaise, adoptent une lettre de mise en garde au Parti communiste de Tchécoslovaquie. Les dirigeants tchécoslovaques répondent en exprimant leur refus d’une « aide internationaliste et du droit d’intervention dans un autre pays pour défendre le socialisme », une solution au problème tchécoslovaque préconisé par Brejnev. Les troupes de l’opération « Danube » sont mises en état d’alerte, mais l’intervention est remise à plus tard, car il est décidé de la rencontre des représentants de la Tchécoslovaquie et de l’Union soviétique à la frontière entre les deux pays, dans la gare de Čierná nad Tisou, en Slovaquie.

Cette rencontre a lieu le 29 juillet et les Soviétiques pensent avoir convaincu les Tchécoslovaques de la nécessité de lutter contre les « forces anti-socialistes ». Face aux nouvelles pressions de Moscou, Alexander Dubček répond que tout sera réglé lors du XIVe congrès du PCT. C’est ce congrès que la direction soviétique redoute justement et elle décide d’intervenir. Les ordres sont envoyés à l’état-major des forces d’intervention basé à Legnice, en Pologne. En Tchécoslovaquie, la vie suivait son cours, aux lumières de la fin de l’été, alors que les troupes du Pacte de Varsovie se massaient déjà aux frontières du pays. A la direction du PCT, on se prépare au congrès, mais l’unanimité ne règne pas. Photo: Institut de l'histoire contemporainePhoto: Institut de l'histoire contemporaine Certains hauts fonctionnaires du parti sont pour envoyer une lettre d’invitation à une intervention armée aux dirigeants soviétiques. Dans l’ombre, le vice-ministre de l’intérieur, Viliam Šalgovic, prépare l’atterrissage des troupes du Pacte de Varsovie à l’aéroport de Prague-Ruzyně, la mise hors-combat de l’armée et des gardes frontière…

Le mardi 20 août, à 23.00 les menaces de Moscou deviennent réalité : les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie. Les moyens militaires mis en œuvre sont énormes : 28 divisions blindées comptant 6300 tanks, 800 avions, 2000 canons de tous calibres et, dès la première journée, près de 100 000 soldats. Ils seront 750 000 dans les jours suivants. Le glas venait de sonner pour le Printemps de Prague…