Bohdan Pomahač, le chirurgien tchèque qui redonne un visage aux défigurés

26-06-2019

Bohdan Pomahač est devenu en quelques années l’un des chirurgiens les plus connus au monde. En 2009, il a dirigé l’équipe en charge de la première greffe complète de visage aux Etats-Unis. Récemment de passage à Prague où lui était décerné le prix Gratias agit pour la promotion de la bonne image internationale de la Tchéquie, Bohdan Pomahač a répondu à quelques questions de Radio Prague, qui lui a notamment demandé ce que ces greffes avaient changé dans la vie de ses patients :

Bohdan Pomahač, photo: Barbora NěmcováBohdan Pomahač, photo: Barbora Němcová

« C’est assez extraordinaire. Notre premier patient a pu se rendre à la remise de diplômes de sa fille à l’Université. »

« Elle s’est ensuite mariée ; il est allé à la cérémonie et sa fille était à son bras pour marcher jusqu’à l’autel. Il est aujourd’hui grand-père et a deux petits-enfants. Et je ne pense pas que ce serait facile sans visage, avec les atroces déformations qu’il a subies. Je crois qu’il a pu vivre sa plus belle décennie après sa greffe. »

« Quant au deuxième patient, il s’est marié après sa greffe. Donc je pense que cette intégration sociale, cette capacité d’interagir, d’avoir des relations amoureuses et d’être socialement actif ont été les plus grands bienfaits de cette innovation chirurgicale. »

La greffe totale de visage est une opération d’une grande complexité qui doit prendre en compte de nombreux paramètres. Comment sont sélectionnés les patients pour cette procédure à l’hôpital de Boston où exerce le médecin tchèque ? Réponse de Bohdan Pomahač :

Bohdan Pomahač, photo: ČTBohdan Pomahač, photo: ČT « Le processus de sélection est assez long. Nous avons eu une centaine de patients qui nous ont contactés ou qui nous ont été recommandés par des médecins. Seule une vingtaine d’entre eux a été sélectionnée, pour les autres il y avait trop d’autres complications médicales ou socio-économiques et parfois d’autres solutions chirurgicales que la greffe envisageables. Deux patients ont aussi changé d’avis en cours de route et ont finalement refusé la greffe bien qu’ils avaient été sélectionnés comme aptes. »

« Le processus de sélection comporte des critères comme le parcours du patient, sa situation socio-économique, ses connaissances médicales et son état de santé en général pour qu’il soit susceptible de subir cette chirurgie. Donc c’est une équipe pluridisciplinaire qui observe ces patients et prend une décision. »

A 48 ans, le chirurgien Bohdan Pomahač a mené sa carrière entière outre-Atlantique, où il était parti en stage juste après ses études à Olomouc. Il a reçu des offres pour exercer ses talents dans son pays natal, mais son emploi du temps est chargé :

Photo: YouTubePhoto: YouTube « J’ai reçu quelques propositions, mais c’est très compliqué au niveau logistique. Mes interventions sont planifiées plusieurs mois à l’avance, donc ce n’est pas très pratique. »

« Cela dit je pense qu’il y a ici de très talentueux chirurgiens qui pourraient faire ce que je sais faire. Donc je serais heureux de pouvoir les aider en donnant des conseils, mais il n’est pas vraiment nécessaire que je prenne l’avion seulement pour une opération. »

Le travail du chirurgien natif d’Ostrava est reconnu par ses pairs dans le monde entier – cette année, Bohdan Pomahač fait partie des pointures qui présélectionnent pour le comité de l’Académie suédoise les futurs candidats au prix Nobel de physiologie ou médecine.

26-06-2019