Bohdan Pomahač distingué pour ses travaux en chirurgie plastique réparatrice

26-10-2012

Le chirurgien tchèque Bohdan Pomahač, au nom prédestiné (pomahač désigne une personne qui aide), travaille depuis seize ans aux Etats-Unis et est une sommité internationale en matière de chirurgie plastique puisque lui et son équipe ont été parmi les tous premiers, en mars 2011, à réussir une greffe totale de visage, une opération longtemps considérée comme impossible. De passage en République tchèque, ses compatriotes l’ont largement récompensé de ses exploits. Il a en effet été élu deuxième Tchèque de l’étranger 2012 tandis que la Fondation tchèque de transplantation lui a remis une distinction pour l’ensemble de ses travaux.

Bohdan Pomahač, photo: Kristýna MakováBohdan Pomahač, photo: Kristýna Maková En quittant sa Moravie natale en 1996, après avoir complété ses études de médecine, Bohdan Pomahač, ce passionné d’échecs, ne se doutait sans doute pas qu’il reviendrait au pays en véritable star. A l’époque, la chirurgie plastique ne constitue pas l’essentiel de son travail et ce n’est qu’à partir de 2004 qu’il commence à s’intéresser à ce sujet et à s’y consacrer pleinement, une spécialisation qui ne doit rien au hasard et qui s’inscrit dans une certaine filiation : l’Université d’Olomouc, où il a étudié, avait en en effet été la première, près d’un siècle plus tôt et en collaboration avec l’hôpital de la ville, à réussir une greffe d’organe sur un être humain.

Sa rencontre avec la Française Isabelle Dinoire, la première personne à avoir subi, en 2005, une greffe partielle du visage après qu’elle a été mordue par son chien, va profondément changer sa vision des choses. Il prend alors la tête du département spécialisé dans le traitement des brûlures du plus grand hôpital de la ville de Boston et dirige parallèlement l’équipe médicale prenant en charge les transplantations faciales. Sa première intervention retentissante survient en 2009 : il réalise la deuxième transplantation partielle de visage aux Etats-Unis et la septième dans le monde après une opération de 17 heures durant laquelle sont remplacés la lèvre supérieure, le nez, le palais et les joues d’un homme de 59 ans. Bohdan Pomahač se félicite surtout du fait que, grâce à cette opération, cet homme ait pu retrouver une vie normale :

« Il a pu renouer avec sa fille. Il assiste à des concerts toutes les semaines et participe à certaines actions dans des casinos. En fait, il a vraiment une vie tout à fait normale, une vie que personne avant lui, dans sa situation, n’avait pu avoir. »

Photo: CT24Photo: CT24 Le second évènement date de mars 2011, quand Pomahač et son équipe de chirurgiens, d’infirmiers et d’anesthésistes, réussissent la première greffe intégrale de visage et la troisième au monde (après des précédents espagnols et français), un « exploit » qui lui a valu cette semaine de recevoir le prix de la Fondation tchèque de transplantation, le prix « le plus important de sa carrière » selon ses propres mots. Depuis, quatre personnes ont bénéficié d’une transplantation faciale et une autre s’est vue greffée deux nouvelles mains. Dans tous les cas, ils se portent aujourd’hui très bien. Bohdan Pomahač :

« Tous connaissent très peu d’effets secondaires indésirables. Et on peut dire qu’il n’y aucun effet lié aux médicaments utilisés pour éviter un rejet et pour assurer la fixation des nouveaux tissus. Ils ont tous récupéré certaines fonctionnalités à un point incroyable. Jusqu’à présent, c’est donc une expérience prodigieusement positive pour tout le monde. »

Bohdan Pomahač, lui, y gagne une reconnaissance internationale et ses compatriotes l’ont ainsi élu deuxième personnalité Tchèque vivant à l’étranger cette année, une enquête coréalisée par la Radio publique tchèque, laquelle a profité de sa présence pour l’interroger sur la possibilité d’une greffe des yeux :

Bohdan Pomahač, photo: Kristýna MakováBohdan Pomahač, photo: Kristýna Maková « Pour l’instant, ce n’est pas encore possible. Mais, c’est évidemment une éventualité dans le futur. Nous devons d’abord réaliser certaines évaluations, envisager techniquement comment cela peut être possible et probablement réaliser des expérimentations sur des animaux, pour ensuite dans le futur, l’appliquer sur des humains. Mais je dois dire qu’il y a environ une dizaine d’années, il semblait impensable de pouvoir réussir une transplantation du visage, de la même façon qu’il m’apparaît aujourd’hui très difficile de réaliser une greffe d’un œil ou des yeux. Et cela peut donc changer en quelques années. »

La médecine en matière de chirurgie plastique a encore de nombreux défis à relever et Bohdan Pomahač est assurément l’un des artisans de ces conquêtes.

26-10-2012