Archéologie : deux tombes plurimillénaires découvertes au nord de Prague

03-10-2016

Deux tombes, vieilles de près de 6 000 ans, ont été mises à jour au printemps dernier à Suchdol, un quartier situé dans le nord de Prague. Une découverte unique, correspondant à une période mal connue en République tchèque, à laquelle a contribué l'archéologue français Yann Béliez. Pour Radio Prague, il est revenu sur cette trouvaille et a expliqué l’importance de celle-ci :

Yann Béliez, photo: Facebook de Yann BéliezYann Béliez, photo: Facebook de Yann Béliez « Il s'agissait d'une fouille d’archéologie préventive. Une personne voulait construire une maison, donc faire des fondations, et bien évidemment en archéologie, on intervient pour pouvoir évaluer le potentiel archéologique. Et dans cette surface, nous avons trouvé plusieurs occupations humaines, de la préhistoire jusqu’à l’âge du fer. »

Qu'avez-vous pu concrètement mettre à jour grâce à cette fouille ?

 « Une occupation de l’âge du bronze constituée de plusieurs trous de poteau avec quelques fragments de céramique ; plusieurs fosses plus récentes de l’âge du fer contenant de nombreuses céramiques et de nombreux os d’animaux ; mais principalement deux tombes beaucoup plus anciennes qui seraient probablement datées de la période énéolithique en République tchèque, l’équivalent du néolithique moyen en France. Nous sommes ainsi autour du 4e millénaire avant Jésus-Christ. »

Cela correspond-il à la culture de Michelsberg ?

La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s.La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s. « Pour l’instant, nous sommes dans la phase de transition entre la culture de Michelsberg et la culture Funnelbeaker (la culture des vases à entonnoir, ndlr). Nous sommes à peu près entre 4 000 et 3 500 ans av. J-C. Et donc cette période est très peu connue en République tchèque. C’est plus le cas pour le Funnelbeaker, mais pour le Michelsberg, nous n’avons que très peu d’éléments. »

Vous avez trouvé deux tombes qui pourraient être apparentées à cette culture de Michelsberg. Compte tenu de vos connaissances actuelles, que nous permettent-elles de savoir ?

 « Nous avons deux individus qui sont orientés respectivement est-ouest et ouest-est, à cinq mètres l’un de l’autre. Nous disposons aussi dans chaque sépulture d’une céramique qui nous donne une phase chronologique assez claire du néolithique moyen ou de la période de l’énéolithique ici en République tchèque. La position des individus, la forme des fosses, nous donnent vraiment des clefs en termes chronologiques pour cette période de Michelsberg et Funnelbeaker. Nous sommes tout à fait dans la période énéolithique bien connue ici. »

Le détail de l'une des tombes, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s.Le détail de l'une des tombes, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s. Dans l’une de ces deux tombes, un individu tient quelque chose dans sa main. De quoi s’agit-il ?

 « C’est une pointe de flèche. Le seul problème dans l’archéologie, c’est que les matières périssables, comme le bois et les cuirs, disparaissent avec le temps. Donc, malheureusement, nous n’avons qu’une pointe de flèche. Mais la position de la main du deuxième individu de la seconde sépulture tend vraiment à nous faire penser que cette personne tenait dans sa main une flèche, c’est-à-dire à la fois le bois, l’empennage et la pointe, mais pouvait aussi tenir dans sa main un arc. Là malheureusement, nous ne pouvons pas en être sûrs, mais il tient quelque chose dans sa main. »

Quelles sont les caractéristiques de cette culture de Michelsberg ?

 « La culture Michelsberg est connue à partir de l’Allemagne mais rayonne jusqu’en Europe de l’Ouest, jusqu’en Normandie où on en a quelques traces. Pour la République tchèque, nous n’avons que quelques traces. Nous avons des grandes habitations, nous avons de grands enclos, mais cette culture reste peu connue ici. Mais nous avons quelques traces, c’est pour cela qu’il est difficile de faire la différence entre le Micheslberg et le Funnelbeaker. Là, on est vraiment au summum de la recherche en République tchèque actuellement, et c’est très intéressant. »

La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s.La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s. Suchdol est un quartier situé dans le nord de Prague, voisin d’Unětice, d’où vient la fameuse culture d’Unětice. Il n’y a pas vraiment de liens entre les deux puisque…

 « Chronologiquement oui, la culture Unětice est bien plus récente que ce dont nous parlons actuellement… »

Que sait-on de l’occupation des sols dans cette zone ? Que s’y passe-t-il ? Les gens y restent-ils ? Y a-t-il des migrations ?

La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s.La découverte des tombes à Suchdol, photo: Yann Béliez / Labrys, o.p.s. « La spécificité de la région fait que cela devait être un lieu à la fois de passage mais aussi, grâce au relief qui crée des fortifications naturelles, un point stratégique dans l’acquisition des matières premières. L’accès à l’eau permettait de pouvoir s’installer dans cet endroit et de pouvoir y perdurer. Nous trouvons aussi une occupation du paléolithique, nous avons quelques traces du paléolithique supérieur à Suchdol. Une occupation qui perdure jusqu’à la période de l’âge du fer, très prolixe ici et surtout à cet endroit. Je trouve que Suchdol et Unětice sont vraiment des endroits très riches archéologiquement et vraiment très intéressants. »

03-10-2016