Anti-Sputnik, l’initiative d’un étudiant contre les fake news

A Prague, un étudiant mène un projet sur Facebook pour contrer les fausses informations qui se diffusent sur internet : Prokop Martínek a lancé un site baptisé Anti-Sputnik, qui vise à dénoncer les intox et à sensibiliser le public tchèque sur le sujet. Il nous explique comment il débusque une fake new :

Photo: Facebook de Anti-SputnikPhoto: Facebook de Anti-Sputnik « Le titre, s’il est accrocheur et provocateur, est le premier indice pour reconnaître une fausse nouvelle. On peut presque débusquer une intox uniquement à partir du titre. Ensuite, bien sûr, il faut lire l’article, et là on s’aperçoit souvent que certains détails et certains chiffres sont faux ou que la source de l’information n’est pas mentionnée. Il arrive régulièrement que le nom de l’auteur n’apparaisse pas, qu’il n’y ait qu’un pseudo pour toute signature, il y a donc souvent quelque chose de louche. Ce qui est capital, c’est de mener des recherches pour vérifier les informations. J’utilise beaucoup Google Scholar, qui est un outil qui permet de retrouver les sources d’une information. J’essaie de me concentrer sur la prévention de ce problème. Je poste le plus souvent des articles qui décryptent la façon dont les fake news sont diffusées, quelles sont les nouveautés dans ce domaine. »

Anti-Sputnik tire bien sûr son nom de Sputnik, le réseau de sites d’information créé par l’agence de communication du Kremlin, auquel il est accusé d’être inféodé. Il existe à l’heure actuelle trente-et-une éditions différentes de Sputnik, dont une en tchèque. Et Prokop Martínek reconnaît être particulièrement préoccupé par la propagande russe.

« La guerre hybride que mène actuellement la Russie est l’un des problèmes les plus graves à mes yeux. Cela influence les hommes politiques, les médias et donc l’opinion publique plus généralement, en République tchèque comme dans les autres pays. Je me concentre principalement sur les fake news véhiculées par la Russie, même si j’essaie de viser tous les types de contenus. »

La République tchèque est particulièrement touchée par le phénomène des fausses informations, le sujet avait été une préoccupation majeure lors des dernières élections (cf. par exemple : https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/presidentielle-la-desinformation-au-coeur-de-la-campagne). Prokop Martínek nous donne un exemple récent de message bidon visant un homme politique tchèque qui a beaucoup circulé :

« L’article disait : ‘Mon dieu, regardez ce que [Miroslav] Kalousek a acheté avec l’argent du gouvernement’, avec comme illustration la photo d’une villa de luxe. Seulement, quand on fait quelques recherches, on se rend compte qu’il s’agit en réalité de la maison d’une célébrité aux Etats-Unis. Le message véhiculé était donc que les hommes politiques s’en mettent plein les poches grâce à l’argent public, et c’est le genre de choses qui circulent beaucoup. »

Photo: pixel2013 / Pixabay, CC0Photo: pixel2013 / Pixabay, CC0 Cet exemple n’est qu’une illustration des nombreuses fausses informations qui circulent en toute impunité sur la toile tchèque. Prokop Martínek explique pourquoi il est très difficile de légiférer sur le sujet :

« La frontière est très fine entre lutte contre les fake news et atteinte à la liberté d’expression. Si l’on crée une loi contre les fake news, les gens auront peur de dire quoi que ce soit. Si quelqu’un affirme que la nourriture de tel magasin est mauvaise, quelqu’un d’autre pourrait l’accuser de fausse information, parce que ce n’est pas le cas selon lui. Un grand scepticisme règne sur la façon de gérer ce problème. »

L’Union européenne elle-même a bien tenté, à plusieurs reprises, de légiférer ou de lutter à un niveau institutionnel contre les fake news, avec un succès limité. L’initiative de Prokop Martínek est originale dans le sens où elle se place sur le terrain de jeu favori des fake news : les réseaux sociaux. Même si pour le moment, la page Sputnik a encore une bonne longueur d’avance sur son adversaire.