Anna Zemánková, l’artiste qui « inventait des fleurs qui ne poussent nulle part »

La Galerie Christian Berst à Paris accueille du 31 mai au 20 juillet une exposition des œuvres de l’artiste tchèque Anna Zemánková, sous le titre de « Hortus delictarium ». Anna Zemánková, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler sur Radio Prague, est née en 1908 et décédée en 1986. Elle fait partie depuis plusieurs années maintenant des « classiques » de l’art brut. Christian Berst, directeur de la galerie, revient sur son envie d’exposer Anna Zemánková :

Anna Zemánková, photo: Site officiel d'Anna ZemánkováAnna Zemánková, photo: Site officiel d'Anna Zemánková « J’ai toujours été passionné par l’œuvre de Zemánková. Simplement la difficulté c’était de pouvoir trouver des œuvres à exposer qui soient accessibles aux collectionneurs. Il y a eu des expositions muséales. La collection abcd a d’ailleurs beaucoup fait pour la promotion de Zemánková aussi bien à Paris que dans d’autres pays. Mais souvent, pour beaucoup de collectionneurs, ça restait une sorte de fantasme de pouvoir compter des pièces de son travail dans leur collection. »

Pour les personnes qui ne connaîtraient pas l’œuvre d’Anna Zemánková, pourriez-vous décrire son univers ?

 « L’univers d’Anna Zemánková, à première vue, quand on y prête pas plus d’attention que cela, on aurait tendance à dire que c’est un univers assez floral, végétal, qu’on est dans une sorte de botanique fantastique. A y regarder de plus près, on s’aperçoit que ça va bien au-delà : ce botanique se transforme parfois en organique. Elle avait la particularité, comme elle le disait, d’inventer des fleurs qui ne poussent nulle part – nulle part ailleurs en tout cas que son imagination. Et ça ne s’arrêtait d’ailleurs pas au dessin car il y a parfois une matière particulière dans ses œuvres puisqu’elle-même avait développé une technique qui consistait à gaufrer de telle sorte que certains détails, elle les accentuait, les soulignait en les mettant en relief sur son dessin. C’est assez fantastique car il y a un soin du détail extrême. Elle avait des qualités de coloriste inouïe pour une dame qui n’avait pas de formation préalable. Elle avait un sens de la composition assez unique et une imagination totalement débridée parce que la particularité de ces floraisons, c’est que ce sont des floraisons mentales. J’ai oublié de dire que de temps à autres, elle ajoutait d’autres techniques. Elle était capable de broder, d’ajouter du tissu, voire de consteller les fonds de papier avec des myriades de petits trous d’aiguille dont on ne connaît pas la fonction et dont on ne peut percevoir la subtilité que quand on les met à la lumière à la manière d’un vitrail. »

Donc il y avait un côté très plastique, presque de l’ordre de la 3D…

 « Effectivement, cela va bien au-delà du simple dessin. Il y a une tridimensionnalité, même si elle est d’un raffinement extrême et qu’elle nécessite presque autant d’attention de la part de celui qui le regarde que ça a nécessité d’application et de méticulosité de la part d’Anna Zemánková. »

Anna Zemánková va être mise à l’honneur à la prochaine Biennale de Venise, ce qui est un grand événement. Par rapport à celui-ci, quelle est la place d’Anna Zemánková dans le contexte de l’art brut ?

 « Le fait qu’Anna Zemánková soit montrée à la Biennale de Venise est peut-être asse symptomatique de notre époque dans laquelle de plus en plus d’autorités et d’instances du milieu de l’art se rendent compte qu’elles ont peut-être négligé une part importante de l’histoire de l’art, comme si une sorte d’histoire de l’art parallèle s’était déroulée à côté de l’histoire de l’art officielle et que dorénavant il faille la prendre en considération et lui accorder l’importance qu’elle mérite. A ce titre, que la Biennale de Venise ait décidé, à travers Massimiliano Gioni et son ‘palazzo’ encyclopédique dans le pavillon international, de montrer un certain nombre de ces artistes, dont Anna Zemánková, est en soi au-delà de l’hommage rendu aux artistes de l’ombre et de la marge, une façon de dire que non, ils sont au centre de cette histoire de la création et de cette problématique de l’art. »