Ancien ambassadeur en France Petr Janyška : « La réunion des partis anti-migrants à Prague a été un choc »

18-12-2017

« L’Union européenne est une organisation désastreuse qui traîne notre continent à sa perte par dilution, par la submersion migratoire qu’elle organise, par la négation des cultures de nos pays respectifs, par l’assèchement de notre diversité. Car nous aimons la diversité ! » La dirigeante du Front national Marine Le Pen était la principale invitée, aux côtés du Néerlandais Geert Wilders, du congrès des leaders des partis anti-migrants européens qui s’est tenu le week-end dernier à Prague.

Tomio Okamura, Marine Le Pen, Geert Wilders, photo: ČTKTomio Okamura, Marine Le Pen, Geert Wilders, photo: ČTK Organisé par le parti Liberté et démocratie directe (SPD) du tchéco-japonais Tomio Okamura, le congrès a confirmé que les partis réunis au Parlement européen au sein du groupe Europe des nations et des libertés souhaitaient une coopération d’Etats souverains en dehors des structures européennes et surtout une Europe sans immigrés. Samedi, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dans la banlieue de Prague où se tenait la conférence, pour protester contre le populisme, le nationalisme et la xénophobie.

Radio Prague a joint le journaliste et ancien ambassadeur tchèque en France Petr Janyška qui a participé à cette manifestation.

« Cette réunion de quelques représentants de quelques partis d’extrême droite (il ne s’agissait pas des leaders de tous les partis, même le leader autrichien qui est la grande star aujourd’hui n’est pas venu) a été un choc pour les Tchèques. Pourquoi ? Parce que l’extrême droite européenne n’était encore jamais venue à Prague. La capitale tchèque n’a jamais été un lieu de rencontre de ces forces. Au contraire, pendant de longues années, surtout sous la présidence de Václav Havel, Prague a été une ville où venaient tous les hommes et toutes les femmes politiques, le dalaï-lama, des chanteurs, des groupes comme les Rolling Stones… Prague était pour eux un symbole d’ouverture, d’humanisme, la preuve que l’on peut exercer la politique de façon humaniste, claire, gentille dirais-je et favorable à toute la population. »

Vous dites que cette réunion du groupe Europe des nations et des libertés a été choquante pour la population tchèque, mais peut-être pas dans son ensemble. Vous-même, avez publié un article sur le site aktualne.cz, dans lequel vous pointez du doigt les représentants politiques, ainsi que les citoyens de ne pas s’être opposés publiquement à cette rencontre…

Petr Janyška, photo: Jiří NěmecPetr Janyška, photo: Jiří Němec « Il s’agit de deux choses distinctes. Ce que j’ai écrit, c’est qu’il aurait pu y avoir plus de personnes à la manifestation de samedi. Cela ne veut pas dire que ceux qui ne sont pas venus sont d’accord avec cette rencontre d’extrême droite à Prague. C’était le dernier samedi avant Noël, les gens avaient d’autres préoccupations. En plus, un Tchèque ordinaire n’est pas habitué à participer à des manifestations, comme c’est le cas en France. Pendant vingt ans, les Tchèques n’ont pas manifesté, ils ont eu l’impression que les choses allaient plutôt bien. Certes, ils râlent et se moquent des hommes politiques dans les cafés, mais montrer publiquement leur mécontentement, les Tchèques vont seulement l’apprendre. J’ai critiqué l’absence à cette manifestation des représentants politiques, des académiciens, des acteurs, des chanteurs, etc. Mais si vous regardez les prises de position des hommes politiques, ils étaient tous opposés à la tenue de cette rencontre. De la part de la société tchèque, je n’ai enregistré aucun message de soutien à cet événement. »

Quelles étaient alors les personnes qui ont protesté à vos côtés contre la propagation de la haine et le populisme ?

La manifestation contre le populisme, le nationalisme et la xénophobie à Prague, photo: ČTKLa manifestation contre le populisme, le nationalisme et la xénophobie à Prague, photo: ČTK « Dans la foule, j’ai vu des professeurs d’histoire, des architectes, des photographes et aussi, ce qui est important, des anciens opposants au régime communiste, parmi lesquels plusieurs personnalités connues. Bref, la foule n’était pas très importante, mais elle représentait un échantillon de l’ensemble de la société tchèque, en termes de professions, de classes sociales ou de générations. J’ai remarqué beaucoup de jeunes, ainsi que de personnes âgées de 60, 70, voire 80 ans. C'était très encourageant. »

Quel est votre commentaire sur le débat qu’ont mené à Prague Marine Le Pen, Geert Wilders et les autres dirigeants de partis anti-migrants ? Il semble qu’ils aient surtout cherché une stratégie en vue des prochaines élections européennes de 2019…

« Je ne sais pas exactement comment se sont déroulés leurs discussions, parce qu’elles se sont tenues à huis clos. Les journalistes n’y étaient pas admis. Je pense que l’objectif était double. Tout d’abord, dans leurs pays, ces partis n’ont pas un grand succès. Regardez Marine Le Pen et les résultats des élections législatives et présidentielles en France. Ces leaders viennent à Prague en pensant qu'ils seront accueillis à bras ouverts. Ils sont venus à l’invitation d’un petit parti d’extrême droite, le SPD, qui a recueilli 10% de suffrages aux dernières élections. C’est un parti tout à fait nouveau. C’est un phénomène typique pour la situation tchèque : à chaque élection législative, il y a un ou deux partis qui émergent et qui promettent aux gens de lutter contre toutes sortes de dangers. Généralement, ces partis disparaissent au bout d’un mandat. Il est faux de dire que les partis rassemblés à Prague sont alliés à une fraction du Parlement européen, car le SPD n’a pas un seul eurodéputé. Ce congrès était une opération de communication et de propagande, à laquelle les Tchèques ont dit ‘non’. »

18-12-2017