Alan Stivell, de la Bretagne à la Bohême

Samedi soir, dans le cadre du festival Okoř, à quelques kilomètres de Prague, le chanteur breton Alan Stivell a donné un concert et a même joué avec un groupe tchèque ami, České srdce, en français, le Coeur tchèque. Car en effet, entre Alan Stivell et les Tchèques, c’est une longue histoire, comme il l’a d’ailleurs confié lui-même avant son concert.

 « J’ai connu un peintre tchèque qui s’appelle Reon et qui a habité plusieurs années en Bretagne. Il avait gardé ses relations avec la Tchéquie et connaissait Michal et Karel de České srdce. C’est un peu lui qui a voulu nous ‘marier’. Ca a abouti à un Noël celtique au Lucerna en 1991. C’était deux ans après la révolution. Ca a été très fort, un des plus forts souvenirs de ma vie. »

Après la révolution, cela veut dire que l’atmosphère devait être particulière, surtout pour vous qui veniez de l’Ouest.

« C’était très particulier. En plus, j’étais déjà venu jouer sous le communisme. En 1985. On avait l’impression de se trouver dans un film d’espionnage. Quelques années plus tard, c’était la liberté. En plus, ça venait de se passer donc c’était une vraie émotion d’arriver de l’Ouest. Les gens étaient très ouverts et avaient envie d’entendre des choses. Il y avait déjà une petite minorité qui me connaissait en 1985 parce qu’il y en avait pas mal qui avaient fait le mur, qui allaient au festival de Reading en Angleterre et qui avaient ramené des cassettes de moi. Mais il n’y a pas eu que ça parce que České srdce m’a étonné musicalement. On a fait une petite répétition et j’étais très surpris de voir que c’était tout à fait au point. On en a refait trois ou quatre, et il n’y avait pas grand’chose à redire par rapport à ce qu’il y avait à rejouer le soir. »

Vous avez donc trouvé des affinités avec ce groupe. Vous l’avez même fait venir en France...

« Oui, j’ai invité Michal, donc une partie du groupe seulement, à jouer notamment au Stade de France pour la Nuit celtique en 2003. Je les avais déjà invités en 1993 pour mon album Again. Donc on garde des contacts. »

Quand vous avez commencé, la musique traditionnelle ou folk n’était pas très répandue. On appelle ça aussi ‘musique du monde’, il existe pas mal d’étiquetages. Qu’est-ce qui fait qu’il y a eu un engouement pour ce type de musiques ?

 « Moi, dès l’enfance, je me suis posé la question de fusionner les apports du rock et la musique celtique. Moi quand j’ai commencé professionnellement, il y a 41 ans déjà, à cette époque là on partait de loin. J’étais paranoïaque, je pensais que le public allait me lancer des tomates. Depuis l’enfance j’ai entendu dire que les Bretons étaient arriérés et ploucs. Quand j’ai commencé à jouer devant des jeunes, je m’attendais à ce que ça passe pas et ça s’est passé beaucoup mieux que je ne le pensais. Il faut reconnaître quand même que l’évolution de la musique populaire, notamment par les groupes anglais au début des années 1960, a permis de changer les esprits. La sensibilité des jeunes à cette époque, même sans connaître, était là, il y avait une ouverture... Quand j’ai commencé avec ma harpe, le son pouvait rappeler la guitare douze cordes mâtinée presque de sitar indien. Donc une coloration qui n’était pas très éloigné de ce qu’aimaient les gens, et en même temps c’était nouveau pour eux. »