Accueil de jeunes migrants : les politiciens hésitent, le public s’engage

02-12-2019

Deux cent familles tchèques seraient prêtes à accueillir des enfants vivant dans des camps de réfugiés en Grèce. Elles sont réunies au sein de l’initiative citoyenne Češi pomáhají (Les Tchèques viennent en aide) qui appelle le gouvernement tchèque à mettre en œuvre cet accueil solidaire de mineurs non accompagnés, sollicité depuis plusieurs mois par la Grèce.

D’après les statistiques de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la Grèce dénombre plus de 3 000 mineurs non accompagnés ou séparés, dont la plupart se trouvent actuellement dans des logements inadaptés. « Ce ne serait pas très difficile pour les pays européens de prendre en charge une partie du fardeau », a plaidé le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis dans une interview accordée en octobre dernier à l’AFP. Un appel adressé, entre autres, à la République tchèque, priée au début de l’automne par la partie grecque d’accueillir quarante enfants migrants.

La République tchèque, pays qui accueille peu de réfugiés en général et qui reste opposée au système de relocalisation des migrants, a répondu, une fois de plus, de manière hésitante. Jaroslav Miko, fondateur de l’initiative Les Tchèques viennent en aide, explique :

Jaroslav Miko, photo: ČT24Jaroslav Miko, photo: ČT24 « Le ministre tchèque de l’Intérieur, Jan Hamáček, a réagi en demandant aux autorités grecques de lui faire parvenir une liste d’enfants susceptibles d’être accueillis en Tchéquie, mais ces enfants devaient être d’origine syrienne et âgés de moins de 10 ans. La Grèce a refusé d’établir une telle liste, arguant qu’il n’était pas possible de faire ainsi ‘un tri’ d’enfants migrants, que c’était en contradiction avec le droit international. Il n’est pas vrai que la Grèce compliquait la situation, comme le prétend notre gouvernement. Le problème se trouve du côté du ministère tchèque de l’Intérieur. »

« La plupart des enfants non accompagnés qui se trouvent en Grèce sont des garçons âgés de plus de 15 ans, fort probablement originaires d’Afghanistan ou de Pakistan. Je veux souligner le fait que l’intégration de ces personnes s’avère très compliquée » :c’est ainsi que le ministre Jan Hamáček a résumé les craintes qui persistent du côté des dirigeants tchèques.

En octobre 2018 déjà, l’initiative Les Tchèques viennent en aide a proposé elle-même d’accueillir une cinquantaine d’enfants migrants placés dans des camps grecs. Le projet a trouvé le soutien de l’eurodéputée tchèque Michaela Šojdrová (KDU-ČSL) pour être ensuite résolument rejeté par le Premier ministre Andrej Babiš. Après avoir suscité la polémique en déclarant qu’aucun orphelin syrien ne serait accueilli sur le sol tchèque, Andrej Babiš a annoncé vouloir prendre en charge la construction d’un centre pour 150 orphelins en Syrie. Un projet auquel le Premier ministre a renoncé quelques mois plus tard.

Photo: ČT24Photo: ČT24 L’initiative fondée par Jaroslav Miko, lui-même d’origine rom et ayant une expérience de migrant au Canada, se dit prête à aider. Elle a rassemblé environ deux cents familles bénévoles susceptibles d’accueillir de jeunes migrants, ainsi que d’autres personnes et organisations solidaires :

« Nous sommes en liens avec des gens qui veulent aider les enfants migrants, ainsi que leurs familles d’accueil potentielles : il s’agit par exemple de médecins qui leur offriraient des soins gratuitement. Il existe une pression de la part des médias et du public sur les politiciens qui est importante : certains Tchèques ne veulent plus que leur pays soit perçu comme xénophobe, comme un pays incapable d’aider une poignée d’enfants en détresse. Ces voix se font entendre de plus en plus. Par ailleurs, une délégation grecque doit venir à Prague le 10 décembre prochain. Ce sera l’occasion pour le ministre de l’Intérieur de négocier avec ses homologues à ce sujet. »

Si le gouvernement tchèque donnait son feu vert à l’arrivée de la quarantaine de mineurs ayant fui un conflit et perdu leurs proches, ils pourraient, selon Jaroslav Miko, rejoindre leur familles d’accueil dans un délai de deux ou trois mois.

02-12-2019