A Ostrava, un couple franco-tchèque a lancé des « igloos » pour protéger les sans-abri du froid

Comme chaque hiver et comme ailleurs en Europe, des milliers de sans-abri souffrent du froid en République tchèque aussi. Pour améliorer les conditions de vie de ces personnes en situation de détresse, Emmanuel Chilaud et Pavla Klečková, un couple franco-tchèque d’Ostrava, ont importé de France un nouvel abri isotherme qui, déjà, permet de soulager et protéger chaque jour plusieurs dizaines de personnes. Un « igloo » d’urgence pour lequel la demande est croissante un peu partout dans le pays.

Pavla Klečková et Emmanuel Chilaud, photo: IglouPavla Klečková et Emmanuel Chilaud, photo: Iglou « La première impulsion, c’était il y a deux ans quand nous avons lu un article selon lequel un sans-abri était mort de froid sur un banc à proximité de l’usine dans laquelle nous travaillions. Je me suis alors demandé comment il était encore possible au XXIe siècle de mourir de froid et de rester dehors toute la nuit. »

Cette actualité, qui se répète chaque année, et cette prise de conscience poussent alors Emmanuel et son amie Pavla à s’intéresser de plus près à la situation des sans-abri et aux circonstances de leur tombée dans l’errance. Dans un premier temps, ils sollicitent l’Armée du salut à Ostrava pour se rendre utiles :

« Cela a été un deuxième choc ! Nous avons participé aux tournées de distribution de la soupe, ce qui nous a permis d’aller sur le terrain et de voir leurs conditions de vie. Nous avons pu discuter avec des sans-abri, mieux comprendre leur histoire et leurs moyens de survie été comme hiver. Il y a eu beaucoup d’émotion dans ces tournées. Cela était parfois très dur, mais nous rentrions ensuite le soir à la maison avec le cœur réchauffé : pas seulement avec le sentiment d’avoir fait une bonne action, mais aussi grâce aux sourires et mercis échangés. »

Puis à la fin de l’hiver, Emmanuel découvre sur Youtube une vidéo mise en ligne par un Français de Bordeaux, Geoffroy de Reynal, qui, comme il dit, « avait inventé un abri d’urgence » :

« Etant Français, cela a simplifié les choses. Je l’ai appelé dans la journée même pour lui expliquer que nous souhaitions une licence pour la République tchèque et il m’a répondu qu’il n’y avait rien de tout cela, que cela servait à aider les gens et qu’il m’envoyait toute la documentation nécessaire pour commencer le projet dès que possible. »

Photo: IglouPhoto: Iglou

Et c’est ainsi que ce qui a été appelé « l’iglou » est apparu en République tchèque. Un igloo qui n’en est toutefois pas tout à fait un, et pas seulement en raison de l’orthographe du mot :

« En fait, il s’agit d’une sorte de petit tunnel qui mesure deux mètres de long et un mètre de large en mousse polyéthylène, qui est un fort isolant, avec une petite porte de chaque côté qui permet aux sans-abri de s’allonger et de s’enfermer. La température corporelle va chauffer l’abri, ce qui permet d’avoir 15 à 18 °C de plus à l’intérieur qu’à l’extérieur, et même un peu plus encore si on y est avec un chien ou en couple. En France, il existe une version pour deux personnes que nous n’avons pas encore en République tchèque, mais théoriquement, il est quand même possible de tenir à deux dedans. »

Actuellement, Emmanuel et Pavla fabriquent eux-mêmes les abris. Mais alors que leur idée de départ était de financer une vingtaine d’unités, la demande est devenue telle en l’espace seulement de quelques mois qu’il a fallu s’adapter :

Photo: IglouPhoto: Iglou « La communication et la présentation dans les médias du produit ont fait que nous avons commencé à avoir une demande grandissante. Nous en sommes aujourd’hui à une demande de plus de 60. Les 20 premiers ‘de test’ que nous avions financés de notre proche avec l’aide de mes parents au début, sont entièrement gratuits, mais nous vendons désormais les autres. Les demandes proviennent de villes ou d’organisations caritatives comme l’Armée du salut ou la Croix rouge. Pour l’instant, nous en avons fabriqué une trentaine, et nous continuons à fabriquer les autres. »

Reste que tout cela a aussi un prix, et si le projet est pour l’heure viable, c’est essentiellement parce qu’Emmanuel, ancien directeur d’une usine d’une société des environs d’Ostrava spécialisée dans la fabrication de produits et services dans le secteur de la santé, et son amie Pavla y mettent beaucoup du leur :

« Actuellement, Pavla et moi les produisons nous-mêmes dans notre salon, même si nous venons de trouver un endroit un peu chauffé qui va nous permettre de continuer ailleurs. Nous cherchons aussi deux à trois personnes qui pourraient nous donner un coup de main pour cet hiver. Parallèlement, nous cherchons un fournisseur plus ‘industriel’, une usine, qui nous permettrait de démultiplier cette aide l’année prochaine. Matériel et production compris, un igloo coûte environ 5 000 couronnes (192 euros). Nous avons créé une association à but non lucratif, nous n’avons donc aucun profit. Mais il faudrait voir combien coûterait le produit s’il était industrialisé. »

Photo: IglouPhoto: Iglou Ce soutien à la fois matériel et financier de l’extérieur permettrait au projet « Iglou » de se développer plus encore partout en République tchèque, ainsi qu’en Slovaquie voisine, ce qui, pour l’heure, moyens limités oblige, reste impossible, selon Emmanuel:

« Le test des vingt igloos de départ en prévoyait dix à Ostrava, cinq à Karviná et cinq à Havířov. Mais cela a complétement explosé. Ce jeudi, j’en ai livré trois à Hradec Králové, un à Kolín… Nous avons de la demande à Prague, à Brno, à Olomouc… Bref, partout. Il y a aussi une forte demande en Slovaquie que nous sommes contraints de refuser pour cet hiver et où nous cherchons un partnenaire pour lancer le projet et pouvoir commencer à distribuer localement. »

Pour plus de détails, en tchèque, en français, en anglais et en allemand, sur ce projet d’aide aux sans-abri, cf. le site www.iglou.cz.

Photo: IglouPhoto: Iglou