A l’IFP, des gravures et des photographies pour penser le temps

05-06-2019

Jusqu’au 23 juin, la galerie de l’Institut français de Prague propose une exposition du graveur franco-tchèque Samuel Moucha et de la photographe Iveta Kopicová. Des œuvres à la croisée de la gravure et de la photographie, pour une bonne partie d’entre elles, dont Samuel Moucha a parlé au micro de Radio Prague :

Samuel Moucha, photo: Anna KubištaSamuel Moucha, photo: Anna Kubišta

« L’exposition s’appelle Un œil sur le temps. Il y a à peu près deux tiers de mes travaux qui sont des gravures, avec une petite spécificité qui est la fameuse gravure du même nom. C’est la pièce maîtresse de l’exposition, un très grand format en linogravure qui fait 2,5 mètres par 3,5 mètres, en une seule pièce. Il y aussi des impressions sur aluminium ce que je n’avais jamais fait auparavant. »

Donc des photographies d’Iveta Kopicová imprimées sur aluminium aussi ?

L'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna KubištaL'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna Kubišta « Pas exactement. Il y a une partie qui est mon travail et un tiers est le résultat de mon travail en commun avec Iveta, une amie de longue date, avec laquelle j’ai déjà fait plusieurs expositions. Ce sont des œuvres qui mélangent les techniques, qui rassemblent la photo et la gravure : soit des impressions de gravures d’après la photo, à même la photo, soit des supports différents où est imprimée l’œuvre. Ce sont plutôt des monotypes. On présente quarante travaux dans la galerie de l’Institut français de Prague. »

Au premier abord, photographie et gravure n’ont pas grand-chose en commun. Que peuvent être leurs points communs ?

« Les extrêmes s’attirent : il y a la rapidité de la photo, mais il y a aussi une composante de lenteur quand on retravaille, on remanie l’image. C’est particulièrement le cas de nos jours, avec le numérique. Tandis que la gravure est plus longue à réaliser, mais elle vient d’une vision intérieure, symbolique, qui est plus rapide. Ces deux extrêmes font que les techniques peuvent s’apparenter et le résultat surtout est bien. Quand la photographie a été inventée, on la considérait comme quelque chose de magique, qui n’était pas vraiment de l’art. Aujourd’hui, évidemment, ça a changé. Pour la gravure en Occident, c’était pareil… »

On pense à la gravure à la fin du Moyen Age ou à la Renaissance avec Albrecht Dürer…

L'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna KubištaL'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna Kubišta « Exactement, même si Dürer arrive presque après. La gravure permettait ainsi aux bourgeois d’acquérir des œuvres d’art de grands maîtres. »

A moindre prix et reproductibles, comme la photographie aujourd’hui…

« C’est exactement cela. »

Parlons de la pièce maîtresse qui donne son titre à l’exposition : Un œil sur le temps. Elle est inspirée d’un ouvrage d’art que, les gens se promenant dans Prague, peuvent découvrir non loin d’ici, dans le passage du cinéma Světozor…

« C’est une impression sur papier en forme d’œil, en noir et blanc. Elle m’a pris beaucoup de temps parce qu’elle est très grande. Je voulais aussi montrer que la gravure ne se limite pas seulement à un format. C’est imprimé à la main parce qu’il n’existe pas de presse de cette taille-là ! Pendant les 1 000-1200 heures de travail, d’ébauches, j’ai travaillé dessus en position allongée et je ne l’ai vue verticale qu’en l’accrochant à la galerie. »

C’était physique au sens propre du terme, un vrai corps à corps…

L'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna KubištaL'exposition 'Un œil sur le temps', photo: Anna Kubišta « Oui, j’avais déjà une tendinite chronique, mais là, je l’ai encore plus développée ! C’est une œuvre inspirée de Nikola Tesla auquel je voue une admiration sans limites. Pour ce qui est de l’œuvre originale, c’est un vitrail créé par František Hudeček en 1956. Il était destiné à faire la réclame de l’entreprise tchèque Tesla qui fabriquait toutes les ampoules, les radios etc. Ce qui est le centre, la pupille, c’est le mot ‘radio’ en effet, parce qu’on sait peu que c’est en réalité Nikola Tesla qui a inventé la radio sauf que son élève, Marconi, a usurpé cette invention et a déposé le brevet au début du XXe siècle. »

Au milieu il y a donc le mot ‘radio’ et puis cette espèce d’onde qui évoque peut-être les ondes radio, et qui serait le centre de la pupille…

« L’onde qui est en effet au centre de la pupille est le logo de cette fameuse entreprise. C’est aussi le symbole du fait que Nikola Tesla a inventé le courant alternatif. On connaît assez bien aujourd’hui ce qu’on a appelé la ‘guerre des courants’ entre Thomas Edison et Nikola Tesla, entre le courant continu et le courant alternatif. Assez vite, on a pu constater que le courant alternatif était bien plus efficace. Et c’est ce que symbolise cette onde. »

05-06-2019