A la veille de l’Euro, le football tchèque expose au Parlement européen ce qu’il a de plus beau

08-06-2016

Depuis lundi et jusqu’à vendredi, le Parlement européen est le cadre d’une exposition consacrée à Josef Masopust. En 1962, quelques mois après une finale de Coupe du monde perdue par la Tchécoslovaquie contre le Brésil, celui qui a été désigné meilleur footballeur tchèque du XXe siècle avait reçu le prestigieux Ballon d’or récompensant le meilleur joueur européen. C’est ce Ballon d’or, accompagné de dix-neuf panneaux retraçant la carrière du gentleman du football qu’était Masopust, qui est exposé à Strasbourg jusqu’à l’ouverture de l’Euro 2016 en France. Radio Prague était présente au vernissage mardi. Reportage.

Antonín Panenka, photo: Archives de Guillaume NarguetAntonín Panenka, photo: Archives de Guillaume Narguet « Je suis venue parce que j’ai vu le Ballon d’or. Et là, je fais la queue pour avoir la signature de… Patenka… Panenka, pardon ! J’ai lu des choses sur lui avant de venir ici. Je sais qu’il a gagné le championnat d’Europe en septante-six. Bon, j’ai lu sa biographie, mais je ne me rappelle plus des détails… (Rire). »

Gianna est italienne, travaille au Parlement européen, et comme tout Italien qui se respecte, elle aime le football. Supportrice de l’Inter Milan depuis ses trois ans, elle connaît celui que ses compatriotes appellent « Grande Paolo » - Pavel Nedvěd. En 2003, celui que les supporters de la Juve ont aussi surnommé « Furia ceca » pour sa rage de vaincre sur le terrain, était devenu le deuxième joueur tchèque de l’histoire à être honoré du Ballon d’or. En revanche, jusqu’à mardi, Gianna ne connaissait pas le premier d’entre eux. C’est pourtant bien à lui, Josef Masopust, récompensé en 1962, qu’est dédiée une exposition qui suscite l’intérêt des amateurs de football de toute l’Europe, et ils sont nombreux, qui circulent dans les couloirs du Parlement.

Photo: ČTKPhoto: ČTK « Ah, c’est quand même impressionnant (de voir le Ballon d’or)… Il est plus petit que l’actuel, mais je le trouve plus joli. C’est mignon (sic). Il est moins imposant, mais au moins il est plus pratique à placer sur la cheminée dans le salon. Avec le Ballon d’or actuel, madame ne serait pas contente. Il prendrait trop la poussière. »

Andrès, lui, est espagnol. Comme Gianna, il est lui aussi employé au Parlement européen, et comme tout Espagnol qui se respecte, Andrès aime le football. Mais à la différence de Gianna, Andrès, qui vit en Belgique, connaît mieux le football tchèque. Et il connaît d’abord l’hôte du vernissage de l’exposition, un certain Antonín Panenka…

« C’est le fameux penalty où il trompe le gardien d’une petite balle piquée… En fait, ma fille joue au foot. Elle est gardienne de but, mais elle tire aussi les penaltys. Elle joue en équipe de Belgique des moins de dix-neuf ans. Je vais donc lui montrer la photo que j’ai prise avec Panenka. Par contre, je reconnais que je ne connaissais pas Josef Masopust. J’ai quand même appris qu’il avait reçu le Ballon d’or en 1962, l’année de ma naissance. Vous voyez, c’était une bonne année. Grâce à mon papa qui suivait le football dans les années 60, je sais qu’il y avait une très bonne équipe tchèque à l’époque. Puskas (Ferenc) était Tchèque ? Hongrois, vous me dites… D’accord, mais le football de l’Est était très bon ! »

Photo: Archives de Guillaume NarguetPhoto: Archives de Guillaume Narguet Le football de l’Europe de l’Est des années 60 puis 70, en Tchécoslovaquie tout du moins, c’est d’abord deux joueurs : Masopust et Panenka. Sacré champion d’Europe avec la Tchécoslovaquie il y a précisément quarante ans de cela grâce à son penalty tiré « à la panenka », le moustachu peut-être le plus célèbre du football européen était la grande attraction du vernissage. Pendant une bonne heure, derrière le Ballon d’or de Masopust et avec une écharpe des Bohemians Prague sur les épaules, Antonín Panenka a enchaîné photos et autographes sans jamais se départir de son sourire :

« Ah ça, c’est un environnement inhabituel pour moi. Quoique… La moquette sous nos pieds est verte… Cela m’aide un peu. Mais c’est sûr que ce n’est pas le genre de manifestations où les footballeurs se sentent les plus à l’aise. Mais c’est bien : je suis surpris de voir le nombre de gens qui passent et s’arrêtent pour jeter un œil à l’exposition. Tout le monde ici a son travail. Mais même s’ils ont d’autres préoccupations certainement plus importantes, cela fait plaisir de voir que tous s’intéressent au football. »

Photo: Archives de Guillaume NarguetPhoto: Archives de Guillaume Narguet Surtout, Panenka était heureux de pouvoir rendre hommage, à sa manière, à un Josef Masopust qu’il porte en haute considération :

« Lui était en fin de carrière quand moi je commençais la mienne, j’ai donc eu l’occasion de jouer contre lui. Je l’ai toujours admiré. Masopust était le prototype de ce que j’appelle le ‘chevalier du football’. Il ne faisait jamais de faute intentionnelle, il ne discutait jamais avec les arbitres et il n’a jamais eu le moindre problème que ce soit sur ou en dehors du terrain. Masopust respirait le football. C’était un joueur brillant, mais qui mettait ses qualités d’abord au service de son équipe et des partenaires. Il était un modèle pour moi et un exemple pour les jeunes. »

Vice-présidente de la Commission culture et éducation du Parlement européen, Michaela Šojdrová a été l’initiatrice de cette exposition organisée pour le reste par le Club des amis de Josef Masopust en coopération avec la Fédération tchèque de football. Elle-même grande amatrice de football, Michaela Šojdrová explique pourquoi le choix de Josef Masopust lui a semblé opportun :

Michaela Šojdrová et Antonín Panenka (au milieu), photo: ČTKMichaela Šojdrová et Antonín Panenka (au milieu), photo: ČTK « D’abord parce que Josef Masopust reste le symbole du fair-play. Mais aussi parce que le football est un phénomène social qui va au-delà des nations, des religions ou de la couleur de peau. Le football réunit les peuples. Cela me semble important aujourd’hui et c’est pourquoi je pense que cette exposition a sa place au Parlement européen. Nous vivons à une époque très tendue. Il y a beaucoup de menaces. On entend sans cesse parler du racisme, du radicalisme, de la migration, etc. Il faut donc rechercher les choses qui nous réunissent. »

Le football comme moyen de réunification, pourquoi pas ? En France, nombreux sont ceux à espérer que le mois à venir en donnera la confirmation.

08-06-2016