A Bruxelles, Tchèques et Belges ont ravivé le souvenir de Zátopek

Pour célébrer le 10e anniversaire du lancement du magazine en français de running intitulé Zatopek, ses responsables, en coopération avec le Centre tchèque et le Comité olympique tchèque, ont organisé, mardi soir à Bruxelles, une course pour le moins originale. Une course dont l’idée était d’égaler le temps d’un record du monde du 10 000 mètres (28’54’’2) réalisé par Emil Zátopek il y a bientôt 63 ans de cela. Une manière aussi, autour du sport et accessoirement d’une bonne bière, de rassembler Belges et Tchèques.

Mettons fin tout d’abord à tout semblant de suspense : le record du monde du 10 000 mètres réalisé par Emil Zátopek au stade des Trois Tilleuls à Bruxelles, le 1er juin 1954, a bien été égalé. Ce jour-là, le coureur tchèque était devenu le premier athlète de l’histoire à parcourir les vingt-cinq tours de piste en moins de 29 minutes. Et mardi soir, malgré le froid qui régnait dans la capitale belge, ils ont été un peu plus d’une centaine d’amateurs de course à pied à parcourir la distance, en équipe et sous forme de relais, en respectant très précisément le temps du record. Un rythme donc particulièrement soutenu et pas toujours évident à tenir quel que soit le niveau d’entraînement des différents participants, dont tous n’ont couru que quelques tours…

« Il n’a pas cessé de pleuvoir, les spectateurs n’étaient pas très nombreux, et lorsque je me suis échauffé sur la piste mouillée, j’ai tout de suite senti que battre ce record ne serait pas facile », gardait le souvenir Zátopek de sa performance bruxelloise, une performance signée deux jours seulement après un autre record du monde, du 5 000 mètres, à Paris.

Un record auquel Milou Blavier et Rémy Snoeck, respectivement anciens journaliste et athlète belges, ont tous deux assisté, et même participé sur la piste cendrée pour le second :

La course du souvenir de Zátopek, photo: ČTKLa course du souvenir de Zátopek, photo: ČTK Milou Blavier : « Il n’y avait pas beaucoup de public, disons un bon millier de spectateurs. Malheureusement, tout le monde était concentré dans la tribune, ce qui fait qu’Emil parcourait à chaque fois les trois quarts du tour de piste sans ambiance. Mais je me souviens aussi très bien de la folie qui a suivi son arrivée… »

Photo: ČTKPhoto: ČTK Rémy Snoeck : « Je suis arrivé au stade pour m’entraîner comme d’habitude. Mais comme il n’y avait pas assez de monde pour le 10 000 mètres, il a fallu meubler. C’est ainsi que je me suis retrouvé à courir le 10 000 mètres en me faisant doubler quatre fois par Zátopek, alors que j’étais un spécialiste du 800 et du 1 500 mètres. Je n’avais que 22 ans et je n’avais encore jamais couru de longues distances. Bref, je me demandais ce que je faisais là… Ceci dit, je garde un souvenir de Zátopek qui soufflait comme un bœuf lorsqu’il me dépassait. J’avais envie de lui dire ‘Mais arrête, Emil !’ (Il rit à cette évocation). Moi au contraire, c’était l’élégance même. J’étais habillé tout de blanc. On surnommait Zátopek ‘La Locomotive tchèque’, mais je peux vous garantir que sa façon de respirer était étonnante. »

Šárka Kašpárková, photo: ČTKŠárka Kašpárková, photo: ČTK Pour cette course anniversaire, les Tchèques présents à Bruxelles, qu’il s’agisse du Centre tchèque ou du Comité olympique, avaient eux aussi tenu à montrer leur attachement à « leur » Zátopek, champion universellement reconnu dans le monde. Ancienne triple championne du monde du triple saut (en 1997 à Athènes), Šárka Kašpárková avait ainsi répondu à l’invitation et a forcément participé à quelques relais, tout comme l’ambassadeur Jaroslav Kurfürst :

« Nous étions tous là pour rendre hommage à Zátopek et célébrer l’anniversaire du magazine. Je peux effectivement maintenant prétendre que je suis moi aussi recordman du monde et que j’ai même dépassé Zátopek, mais seulement pour ce qui est des grimaces pendant la course… Pour le reste, c’est une performance vraiment incroyable. Je fais certes régulièrement du sport, mais je ne suis capable de tenir le rythme de Zátopek (environ 69 secondes au tour, ndlr) que le temps de 400 mètres.

Photo: ČTKPhoto: ČTK « Et encore, je n’ai fait que deux relais de 200 mètres, car je n’étais pas certain aujourd’hui de tenir 400 mètres. C’est ma limite. Et puis (sur le ton de la boutade) vous imaginez ma responsabilité en tant qu’ambassadeur… Je ne pouvais pas me permettre que mon équipe prenne du retard sur les temps de passage à cause de moi. »

« Mais le plus important aujourd’hui, c’est la confirmation que le sport unit les gens. Bien sûr, nous sommes fiers en tant que Tchèques. Mais ce qui compte avant tout, c’est que Belges et Tchèques étaient réunis autour d’un seul et même événement. »

 

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Ce reportage est d’abord un reportage radiophonique. La retranscription de certains sons, ambiances ou réactions, étant parfois impossible, il est donc préférable de l’écouter que de le lire.