95 ans de la Radio tchèque : les studios régionaux racontent…

18-05-2018

Le 18 mai 1923 au soir résonnait sur les ondes le premier « Haló, haló » de l’histoire en Tchécoslovaquie, dans des conditions alors encore très rudimentaires, concrètement depuis une tente empruntée à des scouts dans le quartier de Kbely à Prague. Le calcul est simple : précisément 95 ans se sont écoulés depuis le début de cette grande aventure radiophonique que nous continuons à vivre, dans des conditions ô combien différentes de celles du début du XXe siècle. A l’occasion de son anniversaire, Český rozhlas, la Radio publique tchèque, a diffusé une série de reportages sur l’architecture et les particularités des bâtiments où siègent ses quatorze stations régionales. Nous aussi, nous vous proposons une escale en province, pour découvrir quelques-uns de ces édifices dont l’histoire est intimement liée à celle du pays, de ses habitants et de sa radio.

Le siège de la Radio tchèque de Brno en 1925, photo: APF ČRoLe siège de la Radio tchèque de Brno en 1925, photo: APF ČRo La Radio tchèque compte aujourd’hui neuf stations, dont Radio Prague, et quatorze stations régionales, basées dans les préfectures du pays, qui préparent leurs propres émissions. La plupart des bâtiments des stations locales, auxquels nous avons d’ailleurs consacré une galerie photo sur notre site Internet, sont des monuments architecturaux importants. Parmi eux, le siège de la Radio tchèque de Brno, aménagé dans les locaux de l’ancienne banque Union, construite dans le style fonctionnaliste par l’éminent architecte tchéco-autrichien d’origine juive, Ernst Wiesner. Celui-ci a fui la Tchécoslovaquie à la veille de la Seconde Guerre mondiale pour devenir professeur à l’université de Liverpool, en Grande-Bretagne. Si les premières émissions radiophoniques ont été lancées dans la métropole morave de Brno dès 1924, la station locale n’a trouvé son siège permanent dans le bâtiment de l’ancienne banque étatisée qu’en 1950.

Situé en Bohême du Nord, à quelque 300 kilomètres à l’ouest de Brno, le bâtiment de Český rozhlas à Ústí nad Labem a une histoire similaire : son siège se trouve dans une villa romantique construite par des architectes viennois dans le style néo-Renaissance et entourée d’un jardin à l’anglaise. Elle appartenait jadis au propriétaire d’une entreprise de textile Carl Wolfrum, originaire de Bavière. Journaliste à la Radio d’Ústí nad Labem, Marcela Červinková raconte :

La villa Wolfrum à Ústí nad Labem, photo: Jan Pácha, ČRoLa villa Wolfrum à Ústí nad Labem, photo: Jan Pácha, ČRo « Le dernier membre de la famille qui habitait ici, Carl Max Wolfrum, a été obligé de quitter la Tchécoslovaquie après la fin de la Seconde Guerre mondiale parce qu’il était Allemand des Sudètes. La Radio a commencé à diffuser depuis Ústí nad Labem dès la fin de la guerre. Mais on a cherché quelque temps avant de trouver un bâtiment approprié. Tout d’abord, les émissions étaient diffusées depuis l’ancienne caisse d’épargne. Finalement, les autorités ont décidé d’aménager le siège de la Radio dans la villa Wolfrum, car elle se trouve sur une colline ce qui a été propice à l’émission du signal radiophonique. Les émissions régulières ont débuté ici à Noël 1945. »

En suivant l’enregistrement d’une émission régulière en allemand de la radio tchèque d’Ústí nad Labem, nous nous déplaçons dans l’espace et dans le temps. La station locale de la Radio tchèque à Olomouc, dans le centre de la Moravie, se trouve dans une maison du XIIIe siècle située au cœur de la vieille ville. On sait par ailleurs que le roi Vladislas Jagellon y a été accueilli lors de son passage par Olomouc en 1479. On sait aussi que le bâtiment a été confisqué, là encore, à ses propriétaires allemands après la Libération.

Comme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’invasion des forces « fraternelles » du pacte de Varsovie, qui ont occupé le pays à partir du 21 août 1968, a donné lieu à un nouvel affrontement pour le contrôle de la Radio tchécoslovaque à Prague. Dans les régions aussi, les journalistes ont essayé de maintenir les émissions non-censurées le plus longtemps possible, afin de renseigner le public sur l’évolution de la situation.

Jan Sulovský, rédacteur de la Radio tchèque d’Olomouc, se souvient :

Le siège de la Radio tchèque à Olomouc, photo: Aleš Spurný, ČRoLe siège de la Radio tchèque à Olomouc, photo: Aleš Spurný, ČRo « Le premier directeur de la radio d’Olomouc, Jaroslav Kanyza, habitait à l’époque dans l’un des appartements du bâtiment. Dans les jours qui ont suivi l’invasion soviétique dans le pays, un jeune soldat kazakh avec une mitrailleuse, chargé de surveiller les lieux, a voulu l’empêcher d’accéder aux locaux de la radio. Sans trop hésiter, le directeur lui a donné une gifle. Stupéfait, le soldat n’a même pas pensé à utiliser son arme et a fondu en larmes. »

Dans les premiers jours, voire les premières semaines qui ont suivi l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, des émissions ont été diffusées depuis des studios clandestins à Olomouc, Pardubice ou České Budějovice. Dans cette ville de Bohême du Sud, les rédacteurs sont arrivés à tromper les soldats soviétiques et à diffuser une information non-censurée pendant cinq jours depuis le siège officiel de la radio, en plaçant sur le bâtiment l’inscription « Ecole maternelle » enlevée du bâtiment voisin.

En revanche, des appareils censés perturber le signal de Radio Europe Libre et de la Deutsche Welle dans les pays du bloc de l’Est ont été installées par les autorités communistes à Hradec Králové, en Bohême de l’Est.

Rédactrice de la station locale de la Radio tchèque, Lada Klokočníková se souvient surtout des moments particuliers que son équipe a vécus après la chute du régime totalitaire.

La radio de České Budějovice, photo: APF ČRoLa radio de České Budějovice, photo: APF ČRo « En 2009, le metteur en scène Andrej Krob a enregistré dans nos studios la pièce de Václav Havel ‘Spiklenci’ (Les conspirateurs). L’ancien président qui passait beaucoup de temps dans sa maison de campagne de Hrádeček, à une heure de route de Hradec, venait souvent ici pour assister à l’enregistrement. Visiblement, il aimait cela, il participait même un tout petit peu à la mise en scène. Il était toujours assis là, sur cette chaise, à côté de la table de mixage. »

En attendant la suite de cette visite des studios régionaux, et pragois en l’occurrence, de Český rozhlas sur les ondes de Radio Prague, nous allons écouter la chanson ‘Bedna od whisky’ (Une caisse de whisky) une chanson que les Tchèques aiment chanter autour d’un feu de camp. Les frères Ryvola l’ont enregistrée, sous le régime communiste, dans le studio de České Budějovice. Par erreur, l’ingénieur du son a coupé, sur la bande, quelque peu prématurément la fin de la chanson. Une erreur que les auteurs ont finalement appréciée, décidant de laisser la chanson telle quelle…

18-05-2018