700e anniversaire de Charles IV : les joyaux de la couronne tchèque exposés « comme des reliques »

13-05-2016

Les festivités en l’honneur du 700e anniversaire du roi de Bohême et empereur du Saint-Empire Charles IV atteignent leur point culminant. Et pour cause, celui que les Tchèques ne craignent pas d’appeler le « père de la patrie » est né à Prague le 14 mai de l’Anno Domini 1316. Des commémorations qui sont notamment marquées par l’exposition au public à partir de dimanche des joyaux de la couronne tchèque à la salle Vladislav du château de Prague, un trésor qui symbolise l’Etat tchèque et montré seulement en de rares occasions.

Les joyaux de la couronne tchèque, photo: ČTKLes joyaux de la couronne tchèque, photo: ČTK En tant que plus hautes sommités de l’Etat tchèque, le président de la République tchèque, le premier ministre, l’archevêque de Prague et primat de l’Eglise tchèque, les chefs des deux chambres du Parlement, le prévôt du chapitre de Saint-Guy ainsi que le maire de Prague disposent d’un privilège extraordinaire puisque ces sept personnalités sont en possession des sept clefs qui permettent d’ouvrir la chambre de la cathédrale Saint-Guy, où sont conservés les joyaux de la couronne tchèque. Jeudi, le clan des sept est passé à l’acte et a procédé à cette ouverture en vue de l’exposition au public à partir de dimanche et jusqu’au 29 mai du fabuleux trésor dans le cadre des commémorations du 700e anniversaire de Charles IV.

Les joyaux de la couronne tchèque, photo: ČTKLes joyaux de la couronne tchèque, photo: ČTK Ce trésor, symbole d’une forme de continuité de l’Etat tchèque, n’est montré qu’en des occasions qualifiées d’exceptionnelles, par exemple l’élection d’un nouveau président de la République et donc la dernière fois voici trois ans. L’ensemble se compose d’un sceptre et d’un orbe qui datent tous deux du XVIe siècle, mais surtout de la couronne de Saint Venceslas. Cette couronne n’a en fait jamais été portée par le duc Přemyslide Venceslas, qui vécut dans la première moitié du Xe siècle, puisqu’elle n’a été réalisée que bien plus tard à la demande expresse de Charles IV pour son couronnement en tant que roi de Bohême en septembre 1347. La couronne manifeste la volonté de ce prince de la dynastie des Luxembourg de s’inscrire dans la continuité des ducs et rois de Bohême en s’appuyant sur la figure légendaire de Venceslas. Václav Žůrek, historien qui prépare actuellement une biographie sur Charles IV, a expliqué pour Radio Prague :

Václav Žůrek, photo: Archives de l'Académie des sciencesVáclav Žůrek, photo: Archives de l'Académie des sciences « Charles IV a beaucoup utilisé le culte de Saint Venceslas. La couronne s’appelle Saint Venceslas. Elle devait être sur la tête de Saint Venceslas. Il y a l’épée de Saint Venceslas, la légende de Saint Venceslas, la chapelle de Saint Venceslas dans la cathédrale. Cela joue un rôle important parce que c’était un saint bien sûr mais ce n’était pas un saint universel. C’était le saint qui était le patron du royaume de Bohême, une sorte de duc éternel qui donne de temps en temps sa couronne à certaines personnes qui règnent pour lui. Cette vision était déjà valable sous les derniers Přemyslides. Charles IV a réutilisé cette idée. »

C’est une dimension sacrée de cette couronne ? Celui qui la porte est légitime à gouverner…

« Oui, cette dimension sacrée est aussi très importante pour Charles IV. Il a beaucoup joué avec l’idée que quelqu’un qui est oint, qui est sacré, pendant le sacre, pendant le couronnement, est élu par Dieu pour régner sur le peuple de son royaume. »

Parlons un peu de ces joyaux de la couronne qui sont montrés à partir de ce dimanche et qui constituent visiblement un des événements majeurs de ces festivités. Comment appréhendez-vous ce qui s’apparente à une nouvelle cérémonie très symbolique ?

Photo: Barbora KmentováPhoto: Barbora Kmentová « Je ne veux pas être trop sévère mais il me semble que cela s’apparente à montrer des reliques dans le sens médiéval. Au Moyen-Âge, on montrait beaucoup les reliques. Charles lui-même a inauguré une grande fête sur l’actuelle place Karlovo náměstí (la place de Charles) où ont été montré des reliques, dont même la couronne de Charlemagne. Il me semble qu’aujourd’hui c’est la même chose. Cela fonctionne dans le même style. Nous sommes dans une république mais notre système républicain est très bien ancré dans le passé monarchique. La façon dont les présidents, surtout les deux derniers (Václav Klaus et Miloš Zeman, ndlr), utilisent ces reliques de l’Etat médiéval tchèque, c’est presque royal. »

L’entreprise de légitimation du pouvoir de Charles IV a donc plutôt bien fonctionné, comme l’indique Václav Žůrek, au vu de la réutilisation contemporaine de cette couronne et de l’ampleur des commémorations prévues par les institutions étatiques et culturelles tchèques pour ce 700e anniversaire. Rien qu’à Prague, plus d’une vingtaine d’expositions sont organisées sur des thématiques liées au souverain. Dans le cadre du programme de la Radio publique tchèque « Karel je King ! » (« Charles est le King ! »), une véritable fête d’anniversaire est d’ailleurs organisée ce samedi sur la colline pragoise de Letná.

13-05-2016